Elle s’appelle Sarah


Elle s’appelle Sarah

Pourquoi toujours en parler au passé ?
J’aimerais vous la dire au présent
Tout au moins l’espace d’un instant
Ces mots souvent si pressés
Au point d’en manquer
Ne pas oublier
Qui elle était
Qui elle est
Qui Sera
Sarah

Non, vraiment, je suis désolé, mais je ne puis vous dévoiler ce premier écrit. Ce que vous venez de lire n’est qu’un petit poème sorti d’on ne sait où, un petit texte qui perd ses mots, un à un, les uns après les autres, pour arriver à ce prénom que l’on retrouve souvent dans des chansons d’hier et d’autrefois. Vous ne lirez jamais cette lettre qui parle d’amour sans oser le déclarer complètement, cette lettre qui semble s’arrêter juste au bord d’une belle aventure de peur de se retrouver précipitée vers l’inconnu, cette lettre qui fera pourtant un pas en avant et qui aura encore beaucoup de chemin à parcourir avant la délivrance. Une lettre naïve. Une lettre sincère. Mais si je ne vous dévoile pas cette lettre, n’est-ce pas parce qu’une telle lettre est purement imaginaire ? Pouvait-elle vraiment avoir une quelconque existence dans notre époque maintenant devenue si matérialiste ? Une telle lettre, parce qu’elle semble n’être que sentiments, a-t-elle vraiment une raison d’être depuis ce fameux Siècle des Lumières qui nous aurait sorti des Ténèbres recouvrant l’abîme ? Au-delà de la raison, pourtant fidèle compagne de la passion, tout semble devoir être maintenant exclusivement raisonnable et rationnel. Oui, aujourd’hui, tout doit être démontré. Oui, aujourd’hui, tout doit être science. Oui, aujourd’hui, tout doit être raison. Même l’amour. Alors, comment ne pas appeler Charles Péguy à notre secours et déclamer passionnément un peu comme il l’aurait si merveilleusement fait au début du siècle dernier avant d’être tué au front en septembre 1914 : il n’y a pas d’amour de la raison, il n’y a pas de raison d’aimer ! Il y a la raison, il y a l’amour et les deux sont là l’un pour l’autre sans chercher à se démontrer. Si l’amour cherche à démontrer, si l’amour cherche à se démontrer, alors c’est qu’il a fini d’aimer. C’est qu’il a fini de s’aimer !

Et vous-même qui venez de retrouver dans votre lit la chaleur d’un corps si souvent caressé, ce corps dont vous connaissez les moindres défauts comme les plus beaux îlots de tendresse, ne vous arrive-t-il pas parfois d’oublier d’être raisonnable ? Ne vous arrive-t-il pas de vous laisser aller sans retour, de vous laisser glisser vers les délices et les rivages d’une sensualité que l’on dit parfois divine ?


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lundi 11 septembre 2017

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