Fragments


Fragments

Malgré mon étrange arrivée en gare, je prenais quand même un peu de temps pour consciencieusement colmater les brèches les plus visibles de mes murs et ensuite jeter rapidement un œil aux livres qui se vendaient le mieux ces derniers temps. Comme à l’accoutumée, la mécanique du sexe côtoyait celle de la violence pendant qu’une dégoulinade de bons sentiments enrobait les deux premiers afin qu’ils puissent s’ébattre et se battre bien à leur aise dans ce monde illusoire qui devenait pourtant notre propre réalité. Sûrement parce que les romans savaient faire l’Histoire. Sûrement parce que les hommes croyaient que leur vie était un roman. Je me disais que c’était certainement pour cette raison que je prenais tant le soin de rester extérieur à tout cela. La demoiselle Guitare n’était ainsi qu’un rêve, la chute en sortant du train n’était alors qu’une illusion.

Si vous avez eu le courage de me suivre jusque-là, peut-être arriverez-vous à aider ce petit morceau de texte à retrouver la place qui lui était destinée à l’origine. Et si vous préférez éviter un léger retour en arrière, laissez-moi vous aider à recoller ce fragment à la fin du Roman de la gare. Je crois me souvenir l’avoir enlevé, gêné que j’étais d’apporter un jugement péremptoire et acerbe sur la production littéraire de notre temps. Constat lucide de ce qui guide le Monde ? Jalousie d’un homme qui tente sans y parvenir d’écrire un livre qui lui tient pourtant à cœur ?

STOP ! J’arrêtais là mes divagations et mes pensées se détournaient alors brutalement des rails de l’histoire. C’était, et je n’en étais pas peu fier, un système de défense que j’avais mis au point quand je sentais que mon monde intérieur commençait à se confondre avec les illusions de la réalité. Et comme j’étais décidé à rester extérieur à tout, je pensais pouvoir observer le monde qui m’entourait derrière ma forteresse de papier en évitant d’y participer. Surtout en évitant d’y participer. C’est ainsi qu’inlassablement, chaque matin, je reconstruisais mes murs protecteurs sans vraiment porter une quelconque attention à tous les petits événements venus frapper de leurs petits « ploc » « ploc » sonores les vitres qui auraient dû éveiller la porte-fenêtre de mon intérieur.

L’idée de l’avant-propos au milieu de mon propos est sortie de mes pensées au moment où je terminais cette première partie. Autant laisser ces propos parmi tous ces « ploc » pleins d’à-propos. Je pourrais très bien écrire également que ces fragments sont complètement hors de propos. Souvent, entre une chose et son contraire, il n’y a pas plus épais qu’une feuille de papier…


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lundi 11 septembre 2017

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