Une petite dernière avant le weekend…


Une petite dernière avant le weekend…

- Jean-Jacques, je viens de boucler le dossier de Monsieur Berthelot. Bon, je me suis pas trop foulé sur ce coup-là, je dois bien l’avouer ! J’ai juste tenté de structurer toutes ses nouvelles sans queue ni tête les unes avec les autres en ajoutant une introduction en italique quand c’était possible, et en incluant quelques rappels dans le corps du texte. J’ai aussi inséré un texte vaguement érotique, juste histoire de garder la main sur le sujet, car en ce moment tout le monde veut publier sa petite histoire de fesses ! Il faut bien se rendre à l’évidence, même en passant des années dessus, il est irrattrapable son bouquin. Jamais il ne sera publié. Tu lui factures donc le minimum, soit 2 500 euros. Au pire, quand il se sera fait jeter par les éditeurs, et si jamais il revient nous voir en gueulant, on le remboursera sans faire d’histoire. On ajoutera même 500 euros en dédommagement de notre incapacité à pouvoir l’aider ! C’est pas royal ça ! Ah, et puis j’ai aussi retravaillé la postface. D’ailleurs, tu n’oublieras surtout pas de supprimer la sienne, car je me suis aperçu que je ne l’avais pas effacée au moment où j’éteignais mon ordinateur, et j’avoue que vue l’heure tardive, j’ai plutôt envie de filer en weekend !

- Monsieur Lutini, j’espère que vous saurez m’excuser, mais j’ai pris le temps de lire avec attention ce curieux ouvrage, et même s’il est vrai que certaines phrases mériteraient d’être raccourcies, que la cohérence de l’ensemble laisse parfois franchement à désirer, j’avoue que j’ai également été happé par un tourbillon de sentiments : j’ai été submergé par la joie alors que la seconde précédente je m’abîmais dans la détresse la plus noire ; j’ai ri comme j’ai pleuré ; j’ai aimé ce que j’ai détesté ; j’ai rêvé d’une réalité irréelle ; la nostalgie de ma jeunesse passée a fait la guerre au désespoir de ma mort à venir ; le beau a aimé le laid ; et le laid s’est épris du beau ! Un vrai tourbillon, Monsieur Lutini, un vrai tourbillon !

- Mon cher jean-Jacques, vous êtes tout excusé, d’autant plus que vous êtes nouveau dans le métier. Mais laissez-moi vous donner ce conseil : reprenez-vous rapidement, car vous commencez à devenir enthousiaste dans votre travail ! Si vous souhaitez que je vous garde à mes côtés, ne vous attachez surtout pas à tout ce que vous lisez ! Si vous raisonnez ainsi, je veux dire, si la passion pour la littérature que je sens poindre en vous venait à gagner la partie, vous êtes perdu mon pauvre ami ! irrémédiablement perdu ! Professionnel, vous devez avant tout rester professionnel ! Analysez, interprétez, rationalisez autant que vous voudrez, mais surtout ne vous mettez pas à aimer !

- Excusez-moi Monsieur Lutini, j’ai cru bien faire… je saurai être plus vigilant à l’avenir… Je vais parachever le dossier, mais pas avant lundi si vous me le permettez, car j’ai un important dossier à boucler en priorité… vous savez, la commande du ministère de la Culture…

- Bon sang, c’est vrai ! j’allais oublier ! Faites super gaffe avec ce dossier, c’est pas de la rigolade, il y a un gros bénef à la clef ! Fignolez-le dans les moindres détails, et débarrasserez de ce pauvre Monsieur Berthelot lundi matin avant la pause café ! Allons mon cher Jean-Jacques, ne faites pas cette mine déconfite ; oubliez l’art, la littérature, la poésie et toutes ses conneries ; laissez donc ça aux vieux fous ! Bon weekend mon cher Jean-Jacques !

- Bon weekend Monsieur Lutini…

Achevé d’écrire en juin 2015
Parachevé en août 2016
Les bâtisseurs du temps
Août 2016

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lundi 11 septembre 2017

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