La véritable histoire de Monsieur Z

Chapitre premier : silence radio

« Chers auditeurs, il ne nous reste plus que deux minutes avant de refermer notre édition de la mi-journée. J’accueille donc très rapidement notre dernier invité. Comment vous appelez-vous, cher monsieur ?
— Euh… mon nom est…
— Et donc si vous êtes avec nous aujourd’hui, c’est tout simplement parce que, selon les derniers chiffres publiés par le très sérieux institut Book & Mystères, vous figurez à la dernière place des écrivains classés selon le nombre de livres vendus dans l’année qui vient de s’écouler. Pouvez‑vous nous rappeler, à cet égard, cher monsieur, combien d’exemplaires de votre ouvrage ont été vendus ?
— Euh… vingt-six me semble-t-il, euh… monsieur Marronnier.
— Et pour nos millions d’auditeurs qui n’auront bien entendu pas acheté votre livre au titre pourtant très énigmatique de Monsieur Z, pouvez-vous nous en faire un résumé aussi succinct que possible ?
— C’est-à-dire… que… enfin… c’est un peu… comment dire… compliqué… vous voyez… Alors…euh… pour faire euh… simple c’est euh… c’est un peu euh… mon histoire… c’est euh… l’histoire d’un Juif qui…
— Ah ! parce que vous êtes juif ? Voilà une information bien étonnante ! Permettez-moi d’être surpris, mais également soulagé d’accueillir enfin un juif qui n’a pas réussi ! cela améliore un peu mon ordinaire ! Mais dites-moi, comment expliquez-vous un tel revers ? Parce que, de vous à moi, avec tous les réseaux dont vous disposez, et je ne parle même pas de vos inépuisables ressources financières, votre échec est quand même extrêmement surprenant ! Vous devez certainement être complètement mis à l’index par votre communauté, non ?
— Hé bien… euh… en fait… euh… non… pas vraiment… c’est juste que… enfin…
— Allons, allons, cher monsieur, je suis certain que vous devez être soumis à de terribles pressions, et sans doute est-ce pour cette raison que vous n’avez vendu que si peu d’exemplaires de votre ouvrage ! Car, qu’on ne se leurre point chers auditeurs, l’Internationale Juive est bien évidemment capable, dans n’importe quel pays du monde, y compris dans cette merveilleuse République Démocratique qu’est pourtant notre beau pays civilisé, de transformer un futur succès de librairie en un monumental fiasco ! C’est à la fois prodigieux et effrayant, ne trouvez-vous pas ? Oui chers auditeurs, c’est très inquiétant, c’est vraiment terrible, terriblement tragique, superlativement et monstrueusement… Mais, chers auditeurs, ne cédons en rien à l’émotion et à nos élans du cœur, et revenons maintenant à votre livre cher monsieur, livre dont j’ai pris le temps de lire avec beaucoup d’intérêt, je tenais à vous le dire le plus sincèrement du monde, les toutes premières pages. J’ai d’ailleurs noté cette très belle phrase que je me permets de vous livrer in extenso : Je n’étais pas en train de me terrer dans un de ces multiples abris qui sillonnent notre si merveilleuse Terre, et ce afin d’échapper aux bombes et autres missiles qui lui tombent régulièrement sur le coin de la croûte. Sans doute faut-il y voir une allusion à peine voilée aux femmes qui, pardon, aux bombardements aveugles et meurtriers dont se rend coupable ce petit pays à la légitimité douteuse chaque jour que leur soi‑disant divinité fait, et qui a déjà volontairement provoqué la mort de millions de bébés, ainsi que de leurs mères aimantes et innocentes, laissant alors dans le désarroi, ici un honnête petit épicier philistin, là un sympathique éleveur de roquettes… enfin… de salades ! Sans doute faites‑vous partie de ces juifs courageux qui, avec tous les humanistes qui œuvrent pour le bien de l’humanité, voire au‑delà, en appellent à une paix juste et durable entre qui vous savez et le digne et courageux peuple opprimé ! Bravo monsieur ! bravo ! car oui, l’humanité a besoin d’humanistes comme vous, d’humanistes comme moi, mais aussi d’humanistes comme vous tous, mes chers auditeurs qui nous écoutez toujours si religieusement en ce jour de…
— Euh… non… ce n’est pas euh… exactement…
— J’en étais sûr, cher monsieur, j’en étais certain ! Votre humilité et votre grandeur d’âme vous honorent, et j’espère que ce court moment de gloire passé en ma modeste compagnie vous aura donné tout le courage nécessaire pour continuer à oser vous indigner, encore et toujours, sans pour autant vous résigner ! Au nom de mes millions d’auditeurs, je vous dis merci, monsieur, merci et bravo ! Ainsi‑soit‑il !
— Merci Jean-Robert pour ce moment de très grand journalisme. C’était le journal de Jean‑Robert Marronnier, il est presque 14 h, place maintenant aux prévisions météorologiques de Simone Albertine. Alors ma grenouille, comment ça coasse aujourd’hui ? »


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lundi 16 juillet 2018

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