2013 - Acompte d’auteur


Dimanche 31 mars 1936
Il me semble que j’émerge peu à peu.

Novembre 2013

L’utopie est la pire des dictatures.

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Pensée échappée
Dès le début de l’écriture de ce texte, je savais que ma tentative était vouée à l’échec. D’ailleurs, sans doute étais-je dans l’impasse de mes réflexions quand je découvris enfin ce que je n’arrivais pas à formuler. Déjà se présentait la difficulté de retranscrire et d’ordonner à l’écrit le flot ininterrompu de pensées qui me venaient à l’esprit et qui, la seconde d’après, s’échappaient dans l’air et se transformaient en inutiles lieux communs. Comment faire ? Prendre des notes ? Pourquoi pas. Il me fallait donc noter cette pensée avant qu’elle ne m’échappât.

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Hier, j’ai lu l’artiste et son temps d’Albert Camus. Et depuis hier je suis révolté de me sentir incapable de me laisser embarquer dans l’aventure de l’écriture. À moins d’en être arrivé à un moment où je suis en train de me laisser embarquer. Et d’être en colère de ne pas m’en apercevoir (au risque de me passer à côté).

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Lire Le docteur Jivago de Boris Pasternak.
Un rapport avec la note précédente ? Sûrement. Bonne chance ami lecteur ! Veillez noter qu’il est peu probable que ce genre d’aide à la lecture (de notes) se reproduise dans le futur.

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L’égalité est le principal ennemi de la liberté.

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En recherchant des informations sur André Malraux cette citation :
« Politiquement, l’unité de l’Europe est une utopie. Il faudrait un ennemi commun pour l’unité politique de l’Europe mais le seul ennemi commun qui pourrait exister serait l’Islam. » Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 595.
J’essaye d’imaginer une telle phrase prononcée aujourd’hui par le ministre de la culture du moment. Mais il est sans doute absurde d’imaginer l’impossible, la communication ayant depuis longtemps déjà remplacé la culture.

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De l’inhumanité, de l’humanisme
J’ai toujours trouvé que mon voisin était moins dangereux sans son fusil qu’avec. Mais que cela ne fasse pas de moi un pacifiste, ni un va‑t-en-guerre. Je suis par exemple étonné par tous ces gens qui se réclament du camp de la paix. L’avantage pour eux, je le vois bien, c’est de pouvoir par définition indiquer que le camp d’en face est celui de la guerre (ce qui n’est pas très porteur d’humanité par rapport au camp de la paix qui lui se dit très souvent être humaniste). Et c’est ainsi que le camp de la paix (qui est donc forcément humaniste selon la définition qu’en donnait Jean-Paul Sartre dans La nausée à savoir qu’il a pour souci principal de garder les valeurs humaines) laisse au camp d’en face la seule possibilité de défendre des valeurs inhumaines. J’ai pourtant tendance à croire que la paix et la guerre ne sont pas que question de volonté, mais également des états (ne parle-t-on pas souvent d’un pays en état de guerre d’ailleurs ?). Que je me trouve ainsi demain dans un lieu, un village, un pays en état de guerre et je devrais bien faire avec. Et qu’ainsi donc il me faille prendre les armes. Quant à savoir si l’arme est nécessairement un fusil, je préfère laisser de façon peu courageuse cette question en suspens en compagnie de la question de la définition des valeurs humaines. Et inhumaines…

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Question de vocabulaire
La difficulté dans l’écriture est de tenter, quand on la trouve pauvre à la base, d’en enrichir le vocabulaire. L’on pourrait très bien ouvrir le dictionnaire, commencer par la lettre A et lettre après lettre, mot après mot, lentement augmenter son capital. Avec ce même dictionnaire, pour éviter la monotonie de la technique précédente, on pourrait également ouvrir une page au gré de nos envies. En réfléchissant plus avant, peut-être que le meilleur moyen d’arriver à nos fins serait de plonger dans la littérature, dans un livre d’un de ces auteurs que nous aimons à lire. Mais là, peut-être se sentira-t-on encore plus pauvre et démuni face à l’objet littéraire qui explosera sous nos yeux et nous laissera vaincu au fond de notre boueuse tranchée. Tiens ce matin, j’ai mis le mot « corpulent » de côté. Et puis « superfluité » aussi…

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Variations sur un air
Air mutin
Air marin
Air de rien
Air à suivre

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Pour exister, doit-on se faire entendre ? Et auprès de qui ? Auprès de toi ? Auprès de tous ? Pour l’instant, je préfère garder le silence. Sauf auprès de toi bien sûr…

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Ami lecteur, suivez bien ce conseil : méfiez-vous des conseils qui vous sont prodigués.

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Variations sur un air
Trous d’air
Turbulences
Vous avez suivi ?

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J’habite chez moi. Encore que…
Mon pays s’appelle « La Justicie ». Il se nomme ainsi parce qu’il est juste ici. Il se nomme ainsi parce que partout y règne la justice. On pourrait s’en enthousiasmer si l’on oubliait que rien n’est plus injuste que la justice quand elle ne laisse plus aucune place à la miséricorde. Mais en Justicie, qui connaît encore ce mot étrange ? Miséricorde… Sait-on seulement qu’il s’agit d’une vertu qui porte les hommes à avoir compassion des misères d’autrui et à les soulager ? Il fut même un temps où l’on parlait de compassion divine. Notre monde étant aujourd’hui terriblement humain, il est des trésors malheureusement disparus…

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À féminisme je préfère féminité
À humanisme je préfère humanité
À judaïsme je préfère Israël

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Je ne suis le genre de personne
Pas de panique, nous ne serons bientôt plus que des genres. Plus d’hommes, plus de femmes, et plus de sexe. Et plus de sexe, plus de viol, plus de femmes battues, plus de pères qui n’obtiennent jamais la garde de leurs enfants en cas de divorce. Bref, plus d’humanité. On va enfin pouvoir être tranquille. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi on a attendu si longtemps avant de procéder ainsi. Et même si au final, le résultat sera sans doute le même qu’une bonne grosse bombe atomique, au moins l’humanité se sera autodétruite en respectant les droits de l’homme.

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Indéfinissable
Je n’aime pas que l’on me définisse, que l’on vienne me dire que je suis comme ci, ou que je suis comme ça. D’abord parce qu’il me semble préférable de se juger soi-même plutôt que d’aller juger son prochain. Ensuite parce que si j’ai pu être comme ci en me levant ce matin, peut-être serais-je comme ça ce soir en me couchant. En me définissant, celui qui tente de me juger tente de me figer. Et donc de me faire mourir. Et oui, c’est comme ci comme ça…

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6. Sagesse du monde
Ne reste pas sur terrain plat !
Ne monte pas trop haut !
Le monde est le plus beau,
Vu à mi-hauteur.

16. Vers les hauteurs
« Comment gravirais-je le mieux la montagne ? »
Monte toujours et n’y pense pas !

Friedrich Nietzsche – Le gai savoir – 1887 – Dans Plaisanterie, ruse et vengeance

Je n’ai plus qu’à trouver une montagne à mi-hauteur !

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Décembre 2013

Juif de France ?
Non, Juif en France…

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Théologie : Science de Dieu, de ses attributs, de ses rapports avec le monde et avec l’homme. Une définition de temps en temps, cela n’a jamais fait de mal à personne. On serait étonné de tenter de donner une définition à chacun des mots que nous utilisons quotidiennement. En procédant ainsi, j’ai bien peur que l’on s’apercevrait que l’on ne sait pas toujours vraiment de quoi l’on parle.

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Plus on avance dans l’étude de la Torah, plus le ciel s’éclaircit.
Plus on avance dans l’étude de l’homme, plus le ciel s’obscurcit.
Plus on s’éloigne de la source de la connaissance, et plus grand est le risque de perdre la connaissance.
Retour à la matrice. Aux temps primordiaux.
« … La Torah est enseignée à l’embryon, dans sa totalité… Mais lorsque l’embryon surgit à l’air du monde, un ange s’approche de lui dès qu’il aperçoit sa lumière, touche d’un coup ses lèvres et lui fait oublier toute la Torah… » [Talmud de Babylone - Niddad 30b, 31a]

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Le verre solitaire
Ce midi, je suis allé manger tout seul au restaurant administratif. Cela doit peut-être vous sembler triste. N’en croyez-rien. J’avais simplement envie d’être seul, de pouvoir prendre le temps de passer ce moment dans mon monde intérieur, de penser aux petits choses que j’avais à faire ; de tenter d’éclaircir quelques phrases lues dans un livre et qui m’avaient parues bien obscures ; d’avoir une petite pensée pour ceux que j’aimais ; et certainement bien d’autres choses encore. Vers la fin de mon repas, trois hommes sont venus s’installer non loin de moi. Le premier des trois n’a pas dit un seul mot, trop occupé qu’il était de goûter frénétiquement et amoureusement à la douceur tactile de son téléphone portable. Quant aux deux autres, ils ont commencé à parler de leurs activités sportives respectives. Ou plutôt ils ont entamé un double monologue où chacun utilisait les mots de l’autre pour alimenter de quoi satisfaire son amour-propre. À aucun moment ils auront pris le temps de lever les yeux de leur assiette pour se regarder. La plupart de mes collègues pensent que je suis un solitaire. Nous ne sommes jamais plus seuls qu’au milieu des autres.

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Le fond sans la forme, c’est la vie sans la mort. Et ne venez pas me dire le contraire !

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Gibier de potence qui aime bien mettre son grain de selle là où il pneu ! Signé un cycliste dont la langue a fourché

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Une pétition pour ne pas le dire
Il est une chose d’avoir quelque chose à dire. Il en est une autre que d’entreprendre de le dire à la terre entière. Et il en est encore une autre qui frise alors au ridicule, c’est de n’avoir rien à dire et de quand même le dire à la terre entière, terre entière qui, vous l’aurez bien compris, n’avait absolument rien demandé à personne. Ainsi, je me demande parfois quel est l’objet véritable d’une pétition, si ce n’est la volonté du signataire de voir son nom inscrit en toutes lettres sur un document, parce qu’il sait que celui-ci sera largement diffusé. Je me demande d’ailleurs si cette attitude n’est pas plus l’affaire de pseudonymes déjà célèbres que d’anonymes et illustres inconnus. Pour quiconque valse dans la cour du monarque, rien de tel que de se rappeler à son bon souvenir et, soyons fous, tant pis si cela doit nuire à notre bonne réputation ! Mais comme nous sommes intègres, comme nous sommes courageux et honnêtes, il va s’en dire que jamais nous ne signerons une pétition qui pourrait aller contre nos hautes idées et nos idéaux ! Et c’est là que le génie tend la main à l’orgueil en lui disant : « Mais mon cher ami, pourquoi ne pas écrire un beau papier qui explique pourquoi vous ne signez pas telle ou telle pétition ? » Sur la terre du « je n’ai rien à dire, mais je le dis quand même », il y a vraiment de beaux esprits. Et moi le premier, cela va sans dire.

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Fausse note
Il est peut-être malhonnête de relire ses notes afin d’en corriger les fautes. Sont-elles alors toujours de simples notes où ont-elles acquis un statut plus… plus quoi d’ailleurs ? Car une bonne note, c’est toujours une bonne note non ? Et une mauvaise note restera mauvaise à n’en pas douter. Ainsi, même légèrement corrigées elles resteront dans leur tonalité. Pardon ? Vous trouvez que cette note dénote ? Bien… Note suivante s’il vous plaît !

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C’est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons le décès de notre collègue Monsieur Antic.
Voici le message que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres ce matin. Je parle bien entendu d’une boîte aux lettres électronique. Ces messages me mettent toujours mal à l’aise. Le fait que la mort soit derrière ce message n’est pas le cœur du sujet. Et le nom de la personne non plus. Quoique… Mon problème est toujours le même : le mort, de son vivant, souhaitait-il vraiment faire part de son décès auprès de ses 5 000 collègues ? Le mort, dont la plupart d’entre nous ignoraient jusqu’ici l’existence, fait parler de lui le jour où il n’est plus là. Curieux paradoxe que quelqu’un puisse exister pour les autres le jour même où lui n’existe plus pour lui-même. Ainsi donc notre existence ne s’arrêterait pas le jour où l’on meurt ? Il est un autre problème pour celui qui reçoit un tel message annonçant la mort de… De qui d’ailleurs ? Que doit-il en faire ? Il peut le mettre directement à la poubelle sans prendre la peine de le lire. Mais cette action n’est-elle pas un profond manque de respect pour la personne qui vient de nous quitter ? Mais dans le même temps, si je lis le message, n’est-ce pas pour simplement pour contenter ma curiosité ? Alors certes je peux me dire : « Et si c’était un ancien collègue que j’ai un jour connu ? » Et si… Et si… J’ai hésité à lire le message. Mais je l’ai lu quand même et j’ai appris le décès de Monsieur Antic. J’ai ainsi appris que Monsieur Antic nous avait quitté. Antiquité… Une fin logique pourra-t-on dire… Suis-je en train de me moquer du mort ? Non je ne pense pas. De la mort ? Peut-être… Je m’imagine alors de mon côté si je devais disparaître à un moment où je suis encore au milieu des 5 000 collègues dont j’ignore l’existence. Et de me mettre à la place de celui qui ne me connaissait pas et qui tentera nerveusement un jeu de mots hasardeux à mon endroit. Finalement, si la mort peut faire sourire un inconnu pendant quelques instants, que Monsieur Antic veuille bien me pardonner. Et que sa mémoire soit bénie…

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Sans intérêt
La difficulté d’écrire dans le train se fait surtout sentir les jours de grève. Le train se plaint d’être plein, et l’écrivain se sent nécessairement observé de toutes parts (d’ailleurs, l’homme marié qui est à ma gauche vient de sortir un stylo plume pour le montrer à la femme mariée – mais pas avec lui il va sans dire – assise en face et qu’il convoite certainement, eu égard aux précautions prises pour lui effleurer négligemment les jambes). Si cette promiscuité ne m’enchante guère, c’est néanmoins un excellent exercice de concentration, non pas pour me soustraire à l’atmosphère ambiante mais pour pouvoir relire, après coup, ce que j’ai bien pu écrire au milieu d’un tas d’individus aux occupations diverses et variées. Je dis « diverses et variées » mais la plupart de mes voisins se mirent dans l’écran de leur téléphone pendant que d’autres, presque aussi nombreux, disent du mal de celui ou celle qui vient de descendre à la gare précédente. Je vois bien quelques cas particuliers, ainsi cet homme et son bonnet à rayures blanches et noires qui tente de se concentrer sur une page de son livre mais dont les yeux s’égarent bien au-delà de la feuille de papier. Ah tiens, mon nouveau voisin d’en face dispose d’un écran plus grand que les autres. Tiens, il vient de mettre un casque sur ses oreilles dans une opération de confinement fort à propos et parfaitement réussie. Rassurés par la présence de ce grand frère, trois petits écrans se dressent alors sur leurs petits pieds et sortent de leur boîte non loin de là. Ils ont un vocabulaire qui sied à leur âge : « Tu devrais télécharger cette appli, elle est trop bien ! » « Non c’est naze » répond l’effronté d’en face, « je ne peux même pas stocker mes messages comme je veux ». « Oh, il a une bouille trop mignonne » s’exclame le troisième larron. Là j’avoue, je n’ai pas su de quoi il pouvait bien s’agir. Ça y est, derrière moi, cela commence à s’énerver parce que le train est de plus en plus bondé. Tiens, quelqu’un est debout au-dessus de moi ! Vous en pensez quoi de ce que j’écris ? Il est temps que je vous laisse ma place non ? je suis de moins en moins concentré. Et de mettre fin à ce petit passe-temps qui m’aura évité de râler dans mon coin. Bonne journée, chers passagers du quotidien !

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Des raisons, déraison
Il peut sembler paradoxal qu’une longue démonstration basée sur la raison ne puisse jamais parvenir à sa conclusion. En réalité, c’est juste une question de logique. Commencez par démontrer avec multiples arguments que l’être humain est ce qu’il est parce qu’il pense, et vous ouvrirez la porte à une cascade d’arguments qui tendront à venir vous prouver le contraire. Je ne rentrerai pas dans le débat de savoir si l’homme est un être pensant parce qu’il existe ou inversement, ne connaissant malheureusement pas moi-même le dessous des cartes. En revanche, ce qui interpelle mon propre raisonnement, c’est que la raison est, plus souvent que l’on veut bien le croire, son propre ennemi. C’est parce que la raison raisonne que l’on peut l’attaquer et venir lui dire qu’elle a tort. Si je venais simplement vous dire : « Je pense donc je suis » pour la simple raison que j’en suis convaincu, il vous serait alors impossible de venir discuter ma façon de penser… Et donc d’être… À tort ou à raison…

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Tentative de dialogue
Le dialogue le plus important n’est pas tant avec les autres mais avant tout avec soi-même. Après, rien ne vous empêche d’en parler autour de vous !

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Problème de compréhension
L’homme n’existe pas pour répondre aux questions qu’il se pose. Tout au plus peut-il essayer de les comprendre. Vous avez compris ?

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Mercredi 18 décembre 2013
Il est certains jours que l’on préfère passer sous silence.

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Théopratique
Quand une théorie se vérifie dans la pratique, comment ne pas en parler comme d’une géniale intuition ? En revanche, quand une théorie est mise en pratique, n’y a-t-il pas de fortes chances pour qu’elle se transforme alors en cruelle désillusion ? Et si ma théorie se vérifie, ma géniale intuition n’aura-t-elle pas alors comme conséquence une cruelle désillusion ? Comme quoi, entre la théorie et la pratique…

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Note de lecture
Ce matin, j’ai croisé monsieur K. Et comme je lui trouvais bonne mine, lui de me répondre : « J’ai excellemment bien dormi à un point tel que je me sens métamorphosé ! » Finalement, si l’histoire se répète, elle ne s’oblige pas pour toujours se terminer de la même façon.

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En écrivant ma pensée, elle m’échappe quelquefois ; mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j’oublie à toute heure ; ce qui m’instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tends qu’à connaître mon néant.
Blaise Pascal – Pensées – GF Flammarion – p 153

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Pensée sur une pensée échappée
Imaginons que cette pensée ait pu lui échapper. Que se serait-il passé ? Rien que d’y penser…
De plus, mais que cela reste entre nous, c’est un peu facile le coup de la pensée qui s’échappe, ne croyez-vous pas ? Oui, c’est un peu facile, car il est tout à fait possible qu’à ce moment-là, au moment même où il s’installait à son bureau en se disant : « il serait bon que je pense à quelque chose, c’est un tel divertissement que de penser… », Pascal ne pensait absolument à rien !
Il arrive parfois que l’être humain jalouse les pensées d’autrui, et ce qu’ils en ont fait. Cela me fait penser à ce visiteur qui, devant le Carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch, s’exclame non sans faire la moue : « Mais moi aussi, je suis tout à fait capable de réaliser un tel tableau ! » Certes, cher ami visiteur en étiez-vous capable. Mais encore eut-il fallu que vous y pensiez.

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Jeux de pensées
Le penseur de Rodin
La pensée du rôdeur
La pensée est une fleur
Le pensif de gredin
Le poussif du gradin
Attentif sur le terrain
En pente érodée
Pensée terminée
C’est l’heure de dormir
Que se lève ma plume
Vers la pensée d’Édredon

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L’aspirachieur
L’aspirachieur est un appareil encore difficile à domestiquer mais bien utile pour vous débarrasser de tous ces gens qui vous pompent l’air. Note qui prenait la poussière dans un coin

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Note de travail personnel (ou note personnelle de travail, j’hésite encore)
Parce que la note précédente fait un peu tache au milieu de la moquette, je me demande si je ne devrais pas, de temps en temps, procéder à un peu de nettoyage et à un peu de classement afin d’organiser toutes ces notes par thème, comme cela se fait bien souvent. Épousseter mes notes en quelque sorte. Et ensuite seulement d’envisager de les publier dans un livre de notes. Mais serais-je un jour vraiment satisfait du résultat ? Oserais‑je un jour envoyer mes notes afin qu’on les publiât ? Alors finalement, pourquoi ne pas me satisfaire de cette bête chronologie qu’il me plaira de lire et de relire. Pourquoi ne pas me satisfaire à titre personnel de notes qui dénotent de la variété, du sérieux, du tragique, du comique et aussi un peu de réflexion ? Mine de rien, je viens de vous faire la quatrième de couverture là !

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Auswitch – Birkenau, Chelmno, Dachau, etc
La question n’est pas tant : « Où était Dieu ? » mais « Où était l’Homme ? »

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Nostalgie du disque-monde
Je serais curieux de voir, dans un siècle ou deux, ce qu’il restera de l’époque actuelle. Comment la mémoire de notre temps se sera-t-elle conservée ? Et le sera-t-elle fidèlement, si tant est qu’elle le sera ? On pourrait penser qu’avec les techniques, j’oserais même jusqu’à dire, avec les multiples technologies avancées que l’humain a développé, avec la volonté affichée de l’humain de tout vouloir archiver, conserver, reproduire et diffuser, qu’il n’y a aura plus guère que les archéologues du futur pour nous rappeler que le métier d’archéologue ait pu un jour exister. Pourtant, cédant sans doute à une vague nostalgique de la quarantaine, je partis récemment à la recherche des musiques qui me tenaient compagnie dans mes jeunes années. Et de me rendre compte qu’il me fut impossible de les écouter de la même façon que par le passé. D’un disque vinyle repiqué sur bandes magnétiques, le laser des disques aura projeté ma musique adolescente dans des formats maintenant vulgairement numérisés et compressés. Que pouvait-il vraiment rester de l’enregistrement original ? Que pouvait-il vraiment rester de l’air du temps de mes vingt ans quand fébrile, je déchirais la matière plastique qui protégeait l’objet dont je convoitais la possession depuis de nombreux mois. Que pouvait-il vraiment rester de ce frémissement devant ces petits instants de rareté ? Dans cent ans, que restera-t-il de la lutte que nous menons contre le temps et que nous savons pourtant perdue d’avance ? Dans cent ans, que restera-t-il de l’oubli de mes vingt ans ?

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Dimanche 22 décembre 2013
Le silence est la voix de la sagesse

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Mardi 31 décembre 2013
Se jeter à l’eau

Chères Éditions Gallimard,
Il est bien évident que ces quelques notes n’ont rien de bien original. C’est d’ailleurs en consultant Les Carnets d’Albert Camus, carnets publiés par votre maison d’édition que j’ai pris la décision de ne plus laisser mes pensées s’échapper. La seule originalité que je vois à la chose, c’est que puissent être publiés ces écrits avant que je fus célèbre et disparu (car il arrive souvent que le premier soit la conséquence du deuxième). Vous le savez mieux que moi, c’est souvent à la mort de l’écrivain que les héritiers, la femme de ménage, ou encore le meilleur ami, sortent de leurs tiroirs quelques mots du grand homme griffonnés dans un cahier lors d’un voyage en train. À propos de voyage en train, j’ai un texte en cours de rédaction (car je n’écris pas seulement dans les trains, j’écris également à leur sujet). Le train n’est pas le cœur du sujet mais c’est au moins un point de départ, un peu comme peut l’être une gare. De mon point de vue, de part sa structure et son sujet, il est peu probable qu’il soit accueilli favorablement par un éditeur. Néanmoins, sans doute vous ferai-je parvenir ce texte d’ici quelque temps. Je vous dis donc à bientôt.
Si je vous écris, c’est également pour moi une façon de m’engager. Je ne sais comment fonctionne le monde de l’édition, mais je me suis dit que si vous deviez éventuellement publier mes textes, peut-être auriez-vous besoin d’un acompte d’auteur.
Peut-être vous demanderez-vous pourquoi votre maison et pas une autre ? Sans doute pour votre résistance face aux intempéries du temps qui passe. Parce que rares sont les maisons qui ne cèdent pas un jour où l’autre aux murs qui se lézardent, aux fenêtres qui se cassent et aux volets qui claquent. Et pourtant, quelle maison n’est pas destinée, tout du moins a priori, à finir un jour sous les Décombres

Bien à vous,


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jeudi 14 décembre 2017

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