2015 - Cet éditeur qui se cache

Anciennement "L’éditeur"

Janvier 2015

Première brève
Le jour où j’ai enfin compris que la vie était courte, j’ai commencé à prendre le temps de la vivre.

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L’année du titre !
En cette nouvelle année, j’espère enfin trouver un éditeur. Maintenant, si c’est lui qui me trouve, j’en serai satisfait également. Et si nous arrêtions de jouer à cache-cache cher ami, qu’en pensez-vous ?

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Le coût de l’ami
Les bons comptes font les bons amis nous apprend le dicton. De mon côté, j’aime bien souvent me répéter : à ne rien demander à quiconque, on a de comptes à rendre à personne. Je commence à douter de la gratuité de l’amitié, voire de l’amitié tout court.

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Cultiver son jardin
Plutôt que de couper des têtes, faisons pousser de belles plantes !

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(Je n’aime pas les parenthèses)

Jeudi 8 janvier 2015

Triste journée

Vendredi 9 janvier 2015

Je suis de France et je suis Juif. Aujourd’hui, les deux ont été tués.
Je repense à Antoine de Saint-Exupéry, alors qu’il est en train de se battre, et qu’il écrit, en 1942 dans Pilote de guerre :
Il me semble désormais entrevoir mieux ce qu’est une civilisation. Une civilisation est un héritage de croyances, de coutumes et de connaissances, lentement acquises au cours des siècles, difficiles parfois à justifier par la logique, mais qui se justifient d’elles-mêmes, comme des chemins, s’ils conduisent quelque part, puisqu’elles ouvrent à l’homme son étendue intérieure.
Et aussi :
Une civilisation, comme une religion, s’accuse elle-même si elle se plaint de la mollesse des fidèles. Elle se doit de les exalter. De même si elle se plaint de la haine des infidèles. Elle se doit de les convertir.
Mais aujourd’hui que dois-je faire quand, non seulement je n’arrive pas à les convertir, mais qu’en plus ils viennent chez moi pour me tuer ?
Que cette soirée de Shabbat, si elle ne m’apporte pas de réponse, vienne au moins calmer ma douleur, ma peine et ma colère.

(Je n’aime pas les parenthèses)

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Le Bal des oiseaux
Une serre s’ouvre et se referme
Le sang a coulé
Une plume s’envole
La mort a frappé
Bel oiseau
Pauvre oiseau
Noir corbeau
Blanche colombe
Et moi maudit chasseur
Aurais-je dû sur l’un de vous tirer ?

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Tourner en rond
J’aimerais bien parfois, observer le monde de la façon la plus extérieure possible, mais je sais bien hélas que cela m’est interdit, puisque je fais moi-même partie de ce monde.

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Pensée en escalier
Quoi que puisse prévoir l’homme pour faciliter sa propre marche en avant, il arrivera toujours, à un moment ou à un autre, qu’un obstacle difficile à franchir se présente devant lui.

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C’est pas faux
Même quand je suis dans le vrai, je ne peux m’empêcher de douter.
Propos intimes
Aujourd’hui, je m’aperçois que je suis surtout un écrivain de l’intimité, tant il est rare que je porte sur le monde un jugement quelconque. Mais notre intimité n’est-elle pas à l’origine de notre regard sur le monde ?

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Petite phrase
Je me demande parfois si le Monde ne parle pas de moi un peu trop souvent : quand je m’asphyxie avec du gaz, quand je brûle à petit feu, et encore très récemment, quand je meurs bêtement en allant faire mes courses à l’épicerie du coin. Et pourtant, le Monde me connaît-il vraiment ?

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Slogan
Mesure pour comprendre ?
Non, comprendre avant de mesurer.
Encore une preuve que le Monde tourne à l’envers.
Moi, dans quel sens je tourne ?
À l’envers bien évidemment !
Mais à l’endroit si le Monde tournait rond.
Vous trouvez que c’est difficile à comprendre ?
Possible, je ne fais jamais dans la demi-mesure…

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Le temps d’expliquer
En relisant quelques notes, il y a celle-là : Juif de France. Non, Juif en France.
Et puis celle-là : Je suis de France et je suis Juif. Aujourd’hui, les deux ont été tués.
Ah, et aussi celle-ci que j’oubliais : La France n’appartient à personne, si ce n’est à elle-même.
Ce n’est pas de quelques notes dont j’aurais besoin pour parler de ces petites phrases, c’est de tout un livre. Ou plusieurs… Je me demande si Monsieur Z n’en parle pas déjà un peu, à sa façon…

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Se prendre dans la racine, et ne pas tomber
Si je suis devenu un enfant d’Israël, c’est que j’aime être à la racine des choses. Que mes frères Chrétiens me pardonnent.

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Un raisonnement passionnant
Je suis allé fouiller dans mes archives et j’ai retrouvé ceci de Karl Marx :
Il faut nous émanciper nous-mêmes, avant de pouvoir émanciper les autres. La forme la plus rigide de l’opposition entre le Juif et le chrétien, c’est l’opposition religieuse. Comment résout-on une opposition ? En la rendant impossible. Comment rend-on impossible une opposition religieuse ? En supprimant la religion. Dès que le Juif et le chrétien ne verront plus, dans leurs religions respectives, que divers degrés de développement de l’esprit humain, des « peaux de serpent » dépouillées par le serpent qu’est l’homme, ils ne se trouveront plus dans une opposition religieuse, mais dans un rapport purement critique, scientifique, humain. La science constitue alors leur unité. Or, des oppositions scientifiques se résolvent par la science elle-même.
Nous sommes en 1843, et le jeune Karl Marx répond au texte de Bruno Bauer intitulé La question juive.
Cet extrait est fascinant, et c’est d’ailleurs pour cette raison que je l’ai précieusement conservé. Toute la pensée de Marx est ainsi condensée, à savoir que l’homme ne sera homme qu’à partir du moment où il résoudra tout par la science. Et l’on pressent dès lors la catastrophe à venir, à savoir que c’est la science qui va alors prévaloir sur l’homme. En ce sens, le slogan « mesurer pour comprendre », est typiquement marxiste.
Car oui, mesurons et enfin nous comprendrons ! Soyons scientifiques, et enfin nous comprendrons…
Il serait pourtant bon que nous relisions également quelques pensées de Blaise Pascal, notamment quand celui-ci écrivait :
Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes. Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute. Des Barreaux. Mais ils ne l’ont pu ni les uns ni les autres, et la raison demeure toujours qui accuse la bassesse et l’injustice des passions et qui trouble le repos de ceux qui s’y abandonnent. Et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer.
Si j’osais, je dirais que l’islamisme correspond très bien à ceux qui ont renoncé à la raison. Et si j’osais également, il me semble parfois vivre dans un pays qui, de plus en plus, renonce à ses passions.
Il est pourtant fondamental de toujours avoir en tête que l’homme n’est pas que passion.
Il est pourtant fondamental de toujours avoir en tête que l’homme n’est pas que raison.
L’être humain a besoin des deux pour être Homme, et l’un sans l’autre l’amènera inévitablement vers la destruction.
D’ailleurs, il est également très intéressant de relire Éloge historique de la raison, un des derniers textes de Voltaire, qui date de 1774, et l’on découvrira peut-être, pour qui veut bien se donner la peine, que la Raison est loin d’être seule dans cette affaire, et qu’il tient à peu de choses pour qu’elle s’en retourne avec sa fille au fond de son puits. Je me demande parfois si, à l’heure à laquelle j’écris ces lignes, les deux ne croupissent pas quelque part dans un puits depuis bien longtemps.
Un débat passionnant s’il en est, comme un puits sans fond, à tort ou à raison.

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Absurdité
Je dois tout d’abord te prévenir, ami lecteur ; le monde dans lequel je vis est absurde. Réfléchis bien à ce que je viens d’écrire. Ou plutôt, réfléchis bien à ce que je n’ai pas écrit. Tu ne dois pas t’arrêter à la simple lecture de ce texte. Non, cela serait bien trop simple, et si de mon côté l’effort que je dois fournir est colossal pour oser prétendre jeter sur le papier tout ce qui s’entasse dans mon cerveau, je ne veux pas que tu passes ton temps à te reposer. Non, ta lecture ne sera pas de tout repos ; toi aussi, à chacune de mes phrases, tu devras faire un effort surhumain pour comprendre, pour me comprendre. Non, pas surhumain, car cela n’est pas dans tes possibilités. Juste humain ; sois simplement humain ; oui, cela me semble plus exact. N’est-ce pas cela ce qui te différencie de la bête qui elle, ne sait pas ce qu’elle fait ici, sur cette terre, n’est-ce pas ton humanité qui te différencie de la bête ? Toi non plus tu ne sais pas bien ce que tu fais là, mais à la différence de cette pauvre bête, tu as au moins conscience d’être là sans savoir pourquoi. La bête, elle, n’a pas cette conscience. Elle est là paisible, à déguster le cœur palpitant d’une autre bête, à saliver goulûment devant des rognons encore tièdes, et mange, tranquillement, jusqu’à ce que son appétit soit rassasié. Alors, tout aussi tranquillement, elle s’en va chercher un coin d’ombre pour y faire une petite sieste. Mais toi, tu es là, devant ton plat de viande rouge, à te demander si tu ne deviens pas un assassin en mangeant ce délicieux mets ; ou alors, pour tenter de te dissocier de tes frères humains, tu la manges préparée comme ceci, ou encore comme cela ; ou alors, tu n’en manges pas du tout et tu n’es que haine envers ceux qui se délectent de ce que tu n’as pas.
Non, ami lecteur, ne t’arrête pas à mes simples phrases, et pour t’aider un peu à te repérer par la suite dans ce dédale, laisse-moi te montrer, juste une fois, à l’aide de ma première phrase, quel chemin tu pourrais emprunter. Ainsi, si je t’écris que le monde dans lequel je vis est absurde, l’important n’est pas tant de savoir qu’il l’est, absurde, mais que moi qui te parle en ce moment, je vis en son sein. Et un homme qui vit au milieu de l’absurdité, peut-on vraiment croire ce qu’il veut bien nous décrire ?
Je te souhaite maintenant bonne chance ami lecteur…

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Géopolitique de l’absurdité
Je m’étonne parfois de constater que je suis né en 1970 en France, et qu’aujourd’hui, à l’aube de mes 45 ans, je n’ai jamais connu la guerre, autrement qu’au travers de mes jeux d’enfants et des images de la télévision ; d’abord en noir et blanc, c’était assez doux ; puis en d’horribles et atroces couleurs de sang. Pourtant, il me semble toujours avoir eu conscience que le pays dans lequel je vis, de tout temps, a toujours transpiré la violence. Je ne peux que m’esclaffer quand j’entends un quelconque philosophe venir me dire que je ne connais pas mon bonheur d’être dans un pays en paix. Oui, mon pays est en paix et je me dois d’être heureux avec lui ! Mais qui sont ces fous qui non seulement savent où trouver le bonheur, mais qui en plus veulent me l’imposer ? Ils devraient pourtant savoir, ces braves gens, que le bonheur n’existe pas, puisqu’ils passent leur vie à le chercher ! Non, la France n’est pas en paix, car il n’est pas possible d’être en paix. La paix est un état, comme peut l’être la guerre. La paix n’est pas un choix, c’est au mieux une conséquence ; d’une guerre parfois… Voilà pourquoi les partisans de la paix me sont insupportables : ils ont la paix comme idéal, et pour en arriver à un tel résultat, ils seraient prêts à venir me faire la guerre. Mais plutôt que de vouloir la paix, qu’ils me laissent plutôt en paix ! et je serais alors presque tenté d’oser dire que le Monde ne s’en porterait sans doute pas plus mal, voire mieux, si parfois l’on trouvait moins de pacifistes déclarés à tous les coins de rue…

Vendredi 30 janvier 2015

C’est très c…
Je viens de m’apercevoir, en lisant à nouveau mes notes de l’année dernière, que je m’étais mis en tête de suivre l’alphabet pour choisir mes titres. Soit je suis étourdi, soit je n’ai pas de suite dans les idées. Et me voilà donc avec le titre suivant : l’éditeur. Bien évidemment, comme personne ne pourra s’en apercevoir, il me suffit de placer judicieusement un petit c devant l’éditeur. Je pourrais même m’amuser à écrire ce c… d’éditeur. Peut-être devrais-je éviter, on ne sait jamais. Cet éditeur qui se cache me semble plus judicieux. De plus, cela devient complètement cohérent avec l’année du titre. Qu’il est amusant de pouvoir ainsi réécrire l’histoire.

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Février et mars 2015

Trou de mémoire
Au début, ces notes n’avaient pas d’autre destinée que d’être un outil de travail, un moyen simple de conserver, sans prendre le temps de les développer, quelques idées pas très bien écrites que je pourrais par la suite reprendre et insérer dans des textes plus conséquents. Je me demande parfois si ces notes de mémoires, car c’est le titre que j’avais rapidement trouvé pour identifier ces écrits mal définis, ne vont pas se suffire à elles-mêmes, à savoir rassembler l’ensemble de tout ce qui me passe par la tête, sans me poser la question de la cohérence de son contenu. Et sans me préoccuper de savoir si ces notes auront un jour des lecteurs. En écrivant cette pensée qui me vient à l’esprit, c’est un peu celui de Pascal qui vient me visiter. En développant un peu mes textes, comme ce fut le cas dernièrement avec l’absurdité, c’est comme si je m’engageais sur les chemins des petits poèmes en prose de Charles Baudelaire. Les maximes de François de la Rochefoucauld me font parfois un peu de l’œil, quand une phrase lapidaire se plante devant mon front renfrogné. Et bien d’autres encore. J’avoue ne pas avoir encore trop exploré mes souvenirs personnels, souvenirs que je pourrais peut-être faire apparaître dans le contexte de leur époque. Certes, j’ai parfois pu faire référence à quelques événements qui traversent le présent. Mais j’avoue avoir quelque crainte d’en parler, n’étant pas bien certain d’avoir le recul nécessaire pour aborder de façon sérieuse les grands questionnements qui agitent le Monde, et peut-être les grands bouleversements qui se préparent en son sein. Si jamais, à l’avenir, cela devait m’arriver, n’oubliez-pas de prendre mes propos pour ce qu’ils sont, n’oubliez pas que je n’observe le monde que de l’endroit où je suis, à savoir les pieds posés dans un endroit bien terre à terre. Ce que je vois ? Pas grand-chose, car mes yeux ne sont que les yeux d’un aveugle candide. Et voilà, on commence à gribouiller quelques notes, à rassembler quelques souvenirs sans importance, et on s’imagine presque immédiatement prendre la suite des plus grands auteurs dont la France a gardé jusqu’à aujourd’hui le souvenir. L’homme est vraiment incorrigible.

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La paix, encore et toujours
Ami lecteur, peut-être devrais-je faire la distinction entre la paix intérieure, cette paix qui devrait s’épanouir au plus profond de notre être, et la paix extérieure, cette curieuse étrangeté, qui tente de se faire, tant bien que mal, une petite place sur la surface de la terre aux côtés de sa grande sœur la guerre. En ce début de XXIème siècle, sans doute la paix extérieure cède-t-elle dramatiquement du terrain autour de moi, au point d’en être réduite à un embryon rabougri prêt à s’en retourner dans les entrailles de l’humanité et attendre des jours meilleurs.
Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que si l’ensemble de mes frères humains vivaient en paix dans leur for intérieur, alors peut-être les guerres céderaient du terrain, et inonderaient moins la surface de la terre. J’ai ainsi l’impression, de façon confuse, diffuse, qu’il existe un lien ténu entre ces deux formes de paix. Hélas, il suffit souvent de presque rien pour qu’il vole en éclat. Il suffit souvent d’un seul être humain, juste un seul, que personne ne croit bien dangereux et ne prend vraiment au sérieux au tout début : nous sommes là, paisibles et presque moqueurs en le regardant se promener, de-ci, de-là, avec une simple paire de ciseaux dans les mains.

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Sans commentaire, cent commentaires
De temps à autre, il faut savoir changer de parti pour rester fidèle à ses idées. Il m’arrive parfois de glaner, avant leur mise en abyme, de précieux commentaires sur la toile.

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Commentaire chabatique
Ceux qui nient l’existence du Divin sont souvent les premiers à le tenir pour responsable de tous les maux de la Terre.

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Sur le fil
En regardant autour de moi, j’ai l’impression que l’homme passe plus de temps à dialoguer avec son téléphone portable qu’avec son prochain. Je ne sais si… pardon, excusez-moi, mais je dois vous laisser. Un coup de fil important…

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De l’eau
Il ne suffit pas de se laisser emporter par son écriture. Le plus important peut-être, est d’être emporté par la lecture de sa propre écriture.

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Moi jaloux ?
Alors que je suis toujours un écrivain inconnu sans éditeur, je m’en vais parfois m’intéresser à ceux qui sont connus et qui ont un éditeur. L’un deux, en ce dernier jour du mois de mars, déclare ceci : « Je gagne très bien ma vie, plus que bien même » et ajoute : « Ça me donne le droit de dire non à tout, d’écrire les histoires que j’aime ». Et les histoires qu’il aime, ô monde merveilleux, correspondent à celles que les éditeurs et la majorité des lecteurs aiment. Le monde et son fonctionnement, pour certaines personnes donc, est conforme à ce qu’ils aiment, le hasard faisant donc diablement bien les choses…

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Avril 2015

Réflexion
Je suis souvent surpris par l’incapacité de l’être humain à affronter ce qui est essentiel, et à le voir préférer se focaliser, par facilité, sur ce qui est superflu.

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À la réflexion
Entre nous, la réflexion précédente est-elle essentielle ou superflue ?

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Le geste de trop
Je crois avoir saisi ce moment où nous commençons à rentrer dans la vieillesse. C’est lorsqu’on se lève un matin, alors que l’on pense être reposé, qu’il nous en coûte un terrible effort pour accomplir le moindre geste, y compris celui qui nous comblait de bonheur hier encore. Et puis, le lendemain, vous n’avez même plus conscience que certains petits gestes vous apportaient autrefois un peu de bonheur. Tout est devenu lassitude, et le moindre geste se transforme en lutte pour survivre.

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Et merde… j’ai perdu mes papiers dans le caniveau
Je m’en reviens de lire la Préface de Léo Ferré de Poète… vos papiers. Un petit extrait, vous permettez ?

On vend la musique comme on vend le savon à barbe. Le progrès, c’est la culture en pilules. Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu’à en trouver la formule. Tout est prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle. Qui donc inventera le désespoir ?
Dans notre siècle il faut être médiocre, c’est la seule chance qu’on ait de ne point gêner autrui. L’artiste est à descendre, sans délai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il n’y a plus de chasse gardée, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la société se défend. Il faut s’appeler Claudel ou Jean de Létraz, il faut être incompréhensible ou vulgaire, lyrique ou populaire, il n’y a pas de milieu, il n’y a que des variantes. Dès qu’une idée saine voit le jour, elle est aussitôt happée et mise en compote, et son auteur est traité d’anarchiste.

C’était en 1956, que Ferré écrivait cela. Tu sais, mon cher Léo, presque 60 ans plus tard, cela ne s’est pas arrangé. Au moins, dans les années 1960, on lui demandait ses papiers au poète, et certainement que l’on a dû souvent venir t’emmerder ! Mais au moins tu existais, et tu faisais bien chier l’ordre établi. Aujourd’hui, tu aurais beau crier, hurler et chanter ton désespoir, il ne se trouverait personne pour t’écouter, personne… La musique n’existe plus, la poésie n’existe plus. Mais alors avec quoi l’humanité nourrit-elle son âme, avec quoi ? Vas‑tu alors me demander ? Ne t’inquiète-pas, mon bon Léo, l’humanité n’a plus d’âme, elle n’a plus besoin de rien pour crever comme une pauvre merde au fond du caniveau.

Mais j’ai retrouvé mon âme
Qu’il est étonnant, alors que nous sombrons parfois dans le désespoir, de voir le Divin se porter à notre secours. Car qui d’autre que lui m’aura amené, en ce début d’après-midi, à feuilleter les premières pages des méditations poétiques d’Alphonse de Lamartine. Qui d’autre que lui aura ouvert ce livre sous mes yeux, à la page des destinées de la poésie ?
« Amour, philosophie, religion, enthousiasme, liberté, poésie ; néant que tout cela ! Calcul et force, chiffre et sabre, tout est là. Nous ne croyons que ce qui prouve, nous ne sentons que ce qui touche ; la poésie est morte avec le spiritualisme dont elle était née. »
Courage mon âme, du cœur… et de l’espoir ! Si Lamartine a survécu à l’isolement et à l’automne, ne pourrais‑je pas moi-même survivre à la société de masse et au printemps ?

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Je suis donc je résiste
Je me retrouve très souvent confronté à des personnes qui n’ont pas la même opinion que moi, beaucoup plus fréquemment en tout cas, que des personnes qui ont un avis proche du mien. Assez étonnamment, on me dit souvent que je suis un rebelle. Au-delà du fait que je n’apprécie guère d’être défini par les autres, je suis également convaincu qu’il s’agit là d’une lourde erreur de jugement : rebelle, non ; résistant, oui…

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La France, fille perdue ?
Le vocabulaire utilisé par ceux qui sont censés nous informer à de quoi laisser pantois.
Hier, j’ai lu en manquant de m’étrangler qu’il y avait, je cite, une « communauté chrétienne en France. » Et aujourd’hui, voilà que je lis, je cite toujours, « les chrétiens vivants en France ». Je ne sais si beaucoup de monde en France se souvient encore aujourd’hui du discours du Bourget du Pape Jean-Paul II, le 1er juin 1980. Il avait conclu ainsi :
Alors permettez-moi, pour conclure, de vous interroger : France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? Permettez-moi de vous demander : France, fille aînée de l’Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ?
J’ai bien peur de connaître aujourd’hui la réponse…
Et à ce rythme, l’année prochaine, au moment de Pâques, on ne parlera peut-être plus que de la communauté de l’agneau…

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Mai et juin 2015

Proverbes usagés…
Je profite du temps que j’ai, sans regretter celui que je n’ai pas.
Prévoir le pire ; espérer le meilleur.
Certains jours, l’inspiration ressemble à un proverbe élimé.

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Cher Arthur
J’étais bien trop sérieux quand j’avais dix-sept ans.

Cher Rimbaud
L’humanité devrait prendre ses poètes plus souvent au sérieux.

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Du temps perdu
Passer son temps à dire du mal de son prochain, c’est autant de temps perdu pendant lequel on aurait pu dire à sa femme combien on l’aime.

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L’atelier d’écriture
Au cours de cette séance, vous devrez écrire une petite nouvelle qui a pour personnage principal Napoléon, qui se déroule au 21ème siècle, et qui de surcroît devra contenir le mot « sangsue » ainsi que le mot « poney ».
Hier, j’ai emmené mon plus jeune fils faire du poney. Napoléon qu’il devait s’appeler, ce canasson à la con, car tous les poneys s’appellent Napoléon dans ce pays où la taille de ses hommes d’État a aujourd’hui pris le pas sur leurs plus grands exploits. Derrière moi, il y avait cette connasse avec sa petite fille, qui me suivait au petit trot ; une jolie et fraîche divorcée sans doute tellement elle semblait pressée de me rattraper. Ne t’inquiète-pas ma belle, tu vas en croiser des tas ici des hommes mariés, m’entendis-je murmurer avant de brutalement bifurquer à droite puis de m’arrêter, avant de la regarder s’éloigner avec un sourire satisfait.
Désolé, chère Madame, mais des sangsues, je préfère vite me débarrasser. Comme de ces stupides défis à la con de ce sordide atelier d’écriture où je m’emmerde tous les après-midi. Oui, je sais, je ne risque pas d’aller bien loin avec une telle plume et un tel caractère…

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Auto-dialogue
L’histoire avance
Ô mon lecteur quotidien
Voilà pour toi de nouvelles réjouissances
Une suite a été ajoutée ce matin
Je suis bien content de ce nouveau développement
Avec impatience j’attendais la fin
De ce roman si bouleversant
Mon lecteur et moi, on ne fait qu’un

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Qui sauvera qui ?
Ce matin, quelqu’un est venu me dire que la poésie sauvera le monde. Tout ceci est très bien, mais qui sauvera le poète ?

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Auto-dialogue (suite)
Merci lecteur fidèle
D’attendre patiemment la suite de cette nouvelle
Pardonne-moi les chemins de traverse
Que je te fais emprunter
Mais ne va surtout pas croire à ta faiblesse
Parfois le chemin est long pour découvrir ne serait-ce qu’une once de vérité

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L’étincelle
Souvent l’écriture commence par une étincelle, un bout de phrase. Puis un autre bout de phrase. Et encore un bout de phrase. Un jour, au bout de plusieurs bouts de phrases mis bout à bout, on se retrouve avec un paragraphe tout entier. Et on s’étonne alors de continuer, alors qu’il serait tellement plus sage de s’arrêter. Oui, il serait tellement plus sage de s’arrêter, et de ne jamais tenter de faire emboîter tel paragraphe avec tel bout de phrase de cet autre paragraphe qui finalement serait peut-être mieux à la fin de celui qui se termine par le début de… Non, cela ne va pas. Il me faut tout recommencer. Alors, pendant quelques instants, parfois un jour, ou deux peut-être, on se prend à espérer avoir laissé cette lubie d’écrire de côté. Et puis, ce matin, de nouveau, une étincelle. Et tout de recommencer…

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Facile est la critique
Les critiques littéraires ne sont-ils pas des écrivains ratés ? ratés parce qu’ils ont préféré passer leur temps à écrire des critiques sur les œuvres des autres, plutôt que d’œuvrer à leur propre édifice littéraire ? ​Bien entendu, il y a des exemples qui montrent le contraire, comme Charles Baudelaire…

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Effleurer les sentiments
Trop de pudeur me pousse à juste effleurer mes sentiments
Occasionnant alors la frustration du lecteur
Dois-je leur donner plus de profondeur
Au risque de ne plus avoir d’intimité ?

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Je n’y crois plus…
– Moi, Monsieur, je ne crois pas en dieu, je crois en l’Homme !
– Hélas, mon pauvre ami, que souvent vous devez être déçu…

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Pied de nez
La mort de l’alexandrin
N’est pas pour demain

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Nation, tout le monde descend !
Le problème n’est pas de penser appartenir à une communauté, sous‑ensemble au sein de la Nation. Le problème est de revendiquer cette appartenance et de vouloir l’imposer, généralement de façon agressive, comme un sous-ensemble autonome en marge de la Nation.

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Verres à pied
Tous les matins en se levant
On devrait lire quelques verres
Avant de boire trop de vers…
Tous les matins en se lisant
On devrait lever quelques vers
Avant de…
Et puis zut… santé !

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Francocacophonie
La Francocacophonie, c’est une organisation où tout le monde parle français certes, mais où je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il y est dit. D’ailleurs, dès lors que je demande des éclaircissements, tout le monde reste sourd à mes questions…

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Défaite de la musique
N’est-il pas absurde, à l’occasion de la fête de la musique, que je reçoive un mot de Monsieur le Maire dans ma boîte aux lettres me demandant ma compréhension pour les nuisances sonores inévitables qui en découleront ? Depuis quand la musique en est-elle réduite à des nuisances sonores, au même titre que le marteau piqueur ou une vulgaire querelle de voisinage ?

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Mots-valises
Les mots-valises, on ne peut guère leur faire confiance. À peine les utilise-t-on qu’ils se font immédiatement la malle…

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Réflexion d’hier et d’aujourd’hui
Il est souvent préférable de prendre un peu de temps pour se souvenir, plutôt que de vivre dans le passé.

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De juillet à octobre 2015

Pendant que j’y pense, pendant que j’y suis
Si je pense savoir qui je suis, je ne suis pas certain de toujours savoir ce dont je suis capable.

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Regards croisés
On apprend beaucoup sur soi-même en observant les autres.

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Le bonheur est dans le pré, mais je ne suis pas pressé de lui courir après
Le bonheur n’existe pas, mais je sais où le chercher.
Le bonheur est au mieux un idéal, au pire une théorie. Le jour où vous le trouvez, que pourra-t-il vous arriver de mieux le lendemain ? Le bonheur est un voyage. Ne soyez-pas pressé d’arriver à sa destination.

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En lisant de nouveau ces quelques lignes en ce début d’année 2016, je m’aperçois combien je me suis éloigné de mes notes de mémoire ; combien j’ai pu être absorbé par les longues lectures de « La bête à concours » à cette période.

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Novembre et décembre 2015

Petit message à un ami
Hier matin, je suis allé courir entre 9 h et 10 h 15 sur le début du parcours du semi-marathon de Rambouillet, en plein cœur de la forêt, avec un retour par les chemins puis le parc du château. Avec le soleil et l’automne, c’était magnifique !
Très peu de promeneurs encore, et pas un seul chasseur. Que l’on peut être bien, seul au milieu de la nature !
Alors forcément, quand je me retrouve en pleine ville, au milieu du bruit et du monde, et qu’en plus, il est de nombreux indices qui me font parfois oublier que je suis en France, j’avoue être parfois déconcerté. Et inquiet également, car il n’y aura que deux choix qui s’offriront à nous : la disparition de la Nation France, ou une confrontation violente avec ceux qui souhaitent la voir disparaître…

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C’est moi qui suis différent ou ce sont les autres qui ne sont pas pareils ?
Je ne suis membre d’aucune communauté. Je suis de France et j’appartiens au Peuple Juif. C’est très étonnant, mais en écrivant cette phrase, j’ai presque peur de me sentir seul. N’est‑ce pas quelque peu étrange ?

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Au pied du mur
Un soir il n’y a pas si longtemps, je discutais avec un autre Juif en bas de chez moi. Au détour de la conversation, il m’indiqua : « Moi, jamais je ne pourrais vivre en Israël. Ce n’est pas la même civilisation que la mienne ! » Ils sont quand même compliqués tous ces Juifs…

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La fin de la solitude
On ne se sent jamais autant seul que lorsque l’on s’aperçoit que tout le monde pense comme vous, nous obligeant alors à penser autrement.

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Le faux du vrai
Tout ce que j’écris est vrai, même si c’est souvent assez éloigné de la réalité.

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L’envers du décor
L’homme cessera de crier à l’injustice le jour où il comprendra qu’il n’a absolument aucun droit sur cette terre.

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Supercherie
La démocratie est morte ! Vive la démocratie ! hurlent tous ceux qui ne veulent surtout pas en faire les frais…

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lundi 11 septembre 2017

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