Le chemin de l’homme


Le chemin de l’homme

C’est quand même très déroutemps tout ça. On se demande bien jusqu’où cela pourra nous mener. J’ai même un peu peur que nous finissions par tourner en rond. La surprise de la première page est maintenant passée après tout.

Il est vrai que tourner en rond évite de trop aller chercher dans les coins. D’une mémoire, d’un souvenir, souvent mauvais. Car oui, seuls les heureux événements du passé sont censés rester à la surface de nos souvenirs. Et pourtant, on cherche, on creuse frénétiquement, partout, ici, ailleurs, toujours plus profondément jusqu’à vomir des pensées noires comme les lambeaux de nos ongles et l’on s’enfonce alors inexorablement dans les ténèbres. Inexorablement…

Je me répète alors inlassablement : j’ai 40 ans, je n’ai jamais lu Marcel Proust et je ne serai jamais un écrivain. Je n’aurais jamais dû chercher une histoire à raconter. Je n’aurais jamais dû chercher une histoire à inventer. J’aurais dû me satisfaire de quelques souvenirs, de ces petites histoires simples qui font notre chemin quotidien. Car finalement, pourquoi nos regards se tournent-ils tristement vers l’infini de l’horizon au lieu de regarder joyeusement la plante de nos pieds ?

Alors maintenant, laissez-moi. Laissez-moi tranquille. Oubliez cet étranger qui tente de vous entraîner dans son univers noir autant qu’absurde. Relâchez votre étreinte et laissez-le souffler. Laissez-lui le temps de redevenir un visage familier ou une odeur perdue qui resurgirait de son enfance. Laissez-lui le temps d’ouvrir ce livre qui pourra alors l’emmener sur ses propres pas. Laissez-lui le temps d’emprunter son propre chemin, le chemin de l’homme passant souvent par les souvenirs de l’enfant.


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lundi 11 septembre 2017

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