Au grand jamais

lundi 1er juin 2015
par  Zevoulon
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A la grande nuit au petit jour
au grand jamais au petit toujours
je t’aimerai
Voilà ce qu’il lui chantait
 
Son cœur à elle lui battait froid
Je voudrais que tu n’aimes que moi
 
Il lui disait qu’il était fou d’elle
et qu’elle était par trop raisonnable de lui
 
Au grand jamais au petit toujours
au grand jour et à la petite nuit
 
Bien sûr
si je te dis je t’aime
je t’aime à en mourir
c’est un peu aussi pour en vivre
Et je ne veux pas dire que je n’aime que toi
que je n’aime pas partir
partir pour revenir
que je n’aime pas rire
et qu’à tes tendres plaintes je ne préfère pas ton sourire
 
N’aime que moi
dit-elle
ou alors ça ne compte pas
 
Essaie de comprendre
 
Comprendre ça ne m’intéresse pas
 
Tu as raison il ne s’agit pas de comprendre
il s’agit de savoir
 
Je ne veux rien savoir
 
Tu as raison
il ne s’agit pas de savoir
il s’agit de vivre d’être d’exister
 
Tout ça n’existe pas
je veux que tu m’aimes
et que tu n’aimes que moi
 
mais je veux que les autres t’aiment
et que tu te refuses à elles
à cause de moi
 
Terriblement avide
 
Est-ce ma faute je suis comme ça
 
Bon dit-il et il s’en va
 
Au grand jamais au petit jour
à la grande nuit au petit toujours
 
Ce n’est pas la peine de revenir
 
Elle a jeté les valises par la fenêtre
et il est dans la rue
seul avec les valises
 
Voilà maintenant que je suis tout seul comme un chien
sous la pluie
puis il constate qu’il ne pleut pas
c’est dommage
c’est moins réussi
enfin on ne peut pas avoir tous les soirs une tempête de
neige
et le décor n’est pas toujours dramatique à souhait
L’homme laisse tomber les valises
les chemises le rasoir électrique
les flacons
et les mains dans les poches
le col de pardessus relevé
il fonce dans le brouillard
il n’y a pas de brouillard
mais l’homme pense
J’abandonne les bagages je fonce dans le brouillard
 
Alors il y a du brouillard
et l’homme est dans le brouillard
et pense à son grand amour
et remue les violons du souvenir
et presse le pas parce qu’il fait froid
et passe un pont et revient sur ses pas et passe un autre pont
et ne sait pas pourquoi
Des hommes et des femmes sortent d’un cinéma où derrière une affiche il y a un prélat
Et la foule s’en va la lumière s’éteint le prêtre reste là
 
Qu’est-ce qu’il peut bien foutre derrière cette affiche ce prêtre-là
 
Comme l’homme le regarde le prêtre disparaît
mais passe de temps en temps la tête
comme le petit capucin de la petite maisonnette des très rustiques baromètres
une tête plate et livide comme une lune malade
comme un trop vieux blanc d’œuf sur une assiette très sale
 
Et puis après tout
qu’est-ce que ça peut me foutre
Ce cinéma
c’est peut-être sa boîte de nuit
à ce prêtre
 
Mais le prêtre pousse un petit cri
comme une petite femme qu’on égorge
comme un petit caniche qui meurt
Dans les brouillards de Londres
en plein Paris la nuit
l’homme s’enfuit
 
Au grand jamais au petit toujours
poursuivi par son grand amour.