Chanson de Roland (La)

Vers le XIIe siècle pour la version papier
jeudi 8 novembre 2012
par  Zevoulon
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Contexte historique dans l’édition de Pierre Jonin (Folio classique)

La Chanson de Roland se présente comme le plus ancien de nos grands récits épiques ou si l’on veut comme notre première chanson de geste, celle qui a d’abord mérité qu’on en relève les exploits de ses héros. Ces exploits ont une base historique assez mince. En 778, au printemps, Charlemagne entreprend une expédition militaire en Espagne pour venir en aide à un chef musulman qui s’était révolté contre l’émir de Cordoue. Deux armées traversent donc les Pyrénées, dont l’une, commandée par Charlemagne, s’empare de Pampelune, mais est tenue en échec devant Saragosse. A ce moment, apprenant une révolte de Saxons, son chef regagne la France en toute hâte, et, au passage des Pyrénées, son arrière-garde est massacrée le 15 août 778 par des montagnards chrétiens, basques ou gascons. Parmi les disparus de marque, la Vita Caroli d’Eginhard (830) signale Roland, duc de la marche de Bretagne. L’expédition n’avait duré que quelques mois.

Remarque de moi-même : la plupart des notes prises ici l’ont été par impressions de déjà-vu dans la Torah... Mais pas que !

Premières laisses
Le roi Charles, qui est aussi notre grand empereur, sept années entières est resté en Espagne. Il a conquis jusqu’à la mer les terres les plus hautes. Plus un château qui tienne devant lui, plus de rempart ni de ville qu’il ait à prendre d’assaut, exceptée Saragosse située sur une montagne. La ville est entre les mains du roi Marsile, l’ennemi de Dieu, car il sert Mahomet et invoque Apollin. Mais il ne pourra empêcher la mort de le frapper là-bas.
Édition Filio classique. p31

L’empereur se montre joyeux et de bonne humeur. Il a pris Cordes dont il a démantelé les remparts et abattu les tours avec ses machines de guerre. Ses chevaliers y ont fait un énorme butin en or, en argent, en équipements de grand prix. Dans la ville tous les païens sans exception ont été tués ou se sont convertis.
Édition Filio classique. p34

L’empereur, levé de bon matin, entend messe et matines. Puis il va au pied d’un pin où il fait venir ses seigneurs pour tenir son conseil car il ne veut rien faire sans l’avis des Français.
Édition Filio classique. p37

"Allez, que chacun s’applique à frapper de grands coups pour qu’on ne chante pas sur nous de mauvaise chanson ! Les païens sont dans leur tort, les chrétiens dans leur droit. Jamais mauvais exemple ne viendra de moi."
Édition Filio classique. p68

"[...]Le cri de guerre de Charles, nous ne devons pas l’oublier." A ces mots les Français le clament. Celui qui les aurait alors entendu crier "Montjoie" ne pourrait oublier leur bravoure.
Édition Filio classique. p74

Roland reprend : "Notre combat est dur mais je sonnerai du cor et le roi Charles l’entendra." Olivier réplique : "Ce ne serait pas du courage. Quand je vous l’ai demandé, mon ami, vous n’avez pas daigné le faire. Si le roi avait été ici, nous n’aurions subi aucune perte. Ceux qui sont là ne méritent pas de blâme." Olivier s’emporte : "Par ma barbe, si je peux revoir Aude, ma noble sœur, jamais vous ne coucherez entre ses bras ! "

A Roland qui lui dit : "Pourquoi vous emporter contre moi ? " Olivier répond : "Mon ami, à vous la faute car la vaillance associée au bon sens n’est pas de la folie. La mesure vaut bien mieux que la témérité. [...]
Édition Filio classique. p94

L’empereur fait retentir ses clairons, puis il chevauche sa grande armée, lui, le chef vaillant. Ils ont retrouvé les traces des guerriers d’Espagne qu’ils s’acharnent tous à poursuivre. Mais, quand le roi voit que la nuit arrive, il descend de cheval sur l’herbe verte d’un pré. Il se prosterne face contre terre et implore le seigneur Dieu qu’il arrête pour lui le soleil, qu’il retarde la nuit et qu’il prolonge le jour. Alors voici venir à lui son ange familier qui lui ordonne aussitôt : "Charles, à cheval, car la lumière ne te manquera pas. Tu as perdu la fleur de la France, cela Dieu le sait. Mais tu peux te venger de cette race criminelle." A ces mots voilà l’empereur en selle.
Édition Filio classique. p120

L’empereur s’est couché dans un pré. Le vaillant guerrier pose près de sa tête son grand épieu ; cette nuit-là il ne veut pas se désarmer. Il conserve sa cuirasse blanche et jaune couleur de safran, son casque lacé garni de pierres serties dans l’or. Il porte à son côté Joyeuse qui n’eût jamais d’égale, elle qui change chaque jour trente fois de reflets. Nous savons très bien ce qu’il en est de la lance qui blessa Notre-Seigneur sur la croix. Charles en possède la pointe grâce à Dieu. Il l’a fait enchâsser dans le pommeau d’or de son épée. A cause de cet honneur et de cette grâce, elle a reçu le nom de Joyeuse. C’est un devoir pour les seigneurs français de ne pas l’oublier. De là vient leur cri de guerre "Montjoie". Pour cette raison aucun peuple n’est capable de leur tenir tête.
Édition Filio classique. p122

Charles dort comme un homme que l’angoisse tenaille. Mais Dieu lui envoie l’ange Gabriel qu’il charge de veiller sur lui. L’ange passe toute la nuit à son chevet. Par une vision il lui annonce qu’il aura à livrer bataille ; il lui en montre des présages très inquiétants. Charles lève les yeux au ciel qui apparaît rempli de tonnerres, de vents, de gelées, d’orages, d’effroyables tempêtes, de feux et de flammes prêtes à tomber. Soudain tout cela s’abat sur son armée entière. Les lances de frêne et de pommier s’enflamment ainsi que les boucliers jusqu’aux boucles d’or pur. Les hampes des épieux tranchants volent en éclats : les cuirasses et les casques d’acier grincent. Charles voit ses chevaliers remplis d’angoisse. Puis ours et léopards veulent les dévorer. serpents, vipères, dragons, démons et plus de trente mille griffons, tous se précipitent sur eux. Alors les Français crient : "Charlemagne, au secours !" Le roi accablé de douleur et de pitié veut accourir mais il est arrêté. Surgissant d’un bois un grand lion, terrible, agressif et féroce fonce sur lui. Il attaque et s’en prend à sa personne même. Ils luttent corps à corps. Mais Charles ne sais pas lequel des deux terrasse l’autre. Il ne se réveille pas.
Édition Filio classique. p123

L’émir prend la parole : "Allons, Charles, réfléchis bien. Décide-toi à me demander pardon ! Tu as tué mon fils, je le sais, et bien injustement tu me disputes mon pays. Deviens mon vassal [...] jusqu’en Orient pour me servir." Charles réplique : "Ce serait, je crois, m’avilir honteusement. Je ne dois donner ni paix ni amitié à un païen. reçois plutôt la religion révélée par Dieu, la religion chrétienne et dès maintenant tu auras mon affection. Puis fais hommage de ton service et de ta foi au roi tout-puissant." Réponse de Baligant : "Voilà pour commencer un mauvais sermon !" Alors ils en reviennent aux coups d’épée.
Édition Filio classique. p161

Le jour s’achève, la nuit est tombée. La lune est brillante et les étoiles scintillent. L’empereur est maître de Saragosse. Mille Français sont chargés de passer au crible la ville, les synagogues et les mosquées. Maillets de fer et cognées en mains, ils fracassent les statues et toutes les idoles. Il n’y subsistera ni sorcellerie, ni hérésie. Le roi croit en Dieu et veut le servir. Aussi les évêques bénissent-ils les eaux et les païens sont conduits au baptistère. Mais s’il y en a qui résistent à Charles, il les fait pendre, brûler ou passer par les armes. Beaucoup plus de cent mille sont baptisés et ils deviennent de véritables chrétiens. Une seule exception : la reine. Elle sera emmenée captive en douce France car le roi veut que sa conversion soit l’oeuvre de l’amour divin.
Édition Filio classique. p164

Pinabel s’adresse à Therry : "Allons, Thierry, reconnais que tu es vaincu. Je serai ton vassal en toute fidélité et amitié. De ce que je possède, je te donnerai autant que tu en souhaiteras. Mais fais réconcilier Ganelon et le roi !" Thierry lui réplique : "Pas de discussion là-dessus. Quel traître fini je serais si je faisais la moindre concession ! Que Dieu décide aujourd’hui qui de nous deux représente le droit !"

Thierry continue : "Pinabel, tu es plein de vaillance, tu es grand, vigoureux, tu as le corps bien fait et tes pairs reconnaissent ta bravoure. Mais renonce donc à cette bataille ! Je te réconcilierai avec Charlemagne. Quant à Ganelon, justice sera si bien rendue que pas un jour ne passera sans qu’on l’évoque." Pinabel riposte : "Puisse Dieu notre Seigneur ne pas le permettre ! Je veux défendre toute ma parenté. Aucun homme au monde ne m’obligera à m’avouer vaincu. Plutôt mourir que d’avoir à subir ce reproche !" Alors leurs épées recommencent à frapper sur leurs casques garnis de pierreries serties dans l’or. Vers le ciel volent les étincelles éblouissantes. Il est maintenant impossible de les séparer. Le combat ne se terminera pas sans mort d’homme.
Édition Filio classique. p173

Charles convoque ses comtes et ses ducs et leur dit : "Que me conseillez-vous au sujet des hommes que j’ai gardés ? Ils étaient venus au procès de Ganelon et s’étaient livrés en otages pour Pinabel. Les Français répondent : "Malheur s’il en survit un seul !" Alors le roi fait appeler Basbrun, un de ses officiers de justice : "Va, lui dit-il, et pends-les tous à cet arbre maudit ! Par ma barbe aux poils blancs, si un seul en réchappe tu es un homme mort." Basbrun lui répond : "Pourquoi agirais-je autrement ?" Puis, aidé de cent domestiques, il les entraîne de force. On les pend tous les trente. Celui qui trahit perd et lui-même et les autres.

Ganelon meurt comme doit mourir un lâche et un traître. Il est juste que tout homme qui trahit son semblable ne puisse s’en vanter.
Édition Filio classique. p175


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