Le ver

mardi 5 juillet 2016
par  Zevoulon
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On dit que chaque arbre a son ver,
Son ennemi, son parasite,
Qui le ronge été comme hiver
Et détruit le toit qui l’abrite.
 
Le ver de l’homme, c’est l’ami ;
Le ver de la femme, l’amie ;
Cent fois mieux vaut un ennemi
Qu’un traître auquel on se confie.
 
L’Arabe dit, en sa prière :
« Dieu, garde-moi de mes amis. »
Puis, relevant sa tête altière :
« Je me charge des ennemis. »
 
J’ai connu plus d’un mariage
Rompu pour cause d’amitié ;
D’amitié feinte, avec partage,
De l’amitié qui fait pitié.
 
Cache ton bonheur, dit un sage,
Et garde-toi de dire rien
De ta femme ou de ton ménage :
Rien, soit en mal ; rien, soit en bien.
 
Le malheur vient des confidences
Que, dans un moment d’abandon,
Suscité par des prévenances,
On accorde à l’ami larron.
 
S’il ne s’agit que d’une plainte,
Cet ami vous trouve ennuyeux ;
Puis, il croit que c’est une feinte
Qui cache un projet ténébreux.
 
Mais, lorsque cette confidence
Lui décèle un réel bonheur,
Il faut voir le regard que lance
Le dépit qui lui mord le cœur.
 
Si c’est un malheur, au contraire,
Soyez sûr qu’il saura trouver
En lui la force nécessaire
Pour galamment le supporter.
 
Un journaliste des plus âcres
Assure que, dans certains cas,
Les amis sont comme les fiacres :
Quand il pleut, on n’en trouve pas.
 
Même un moraliste morose
Dit que, d’un ami, le malheur
Nous inspire au fond quelque chose
Qui ravit presque notre cœur.
 
L’ami compte sur votre bourse,
Profite de votre crédit ;
Et, s’il fait pour vous quelque course,
Il espère en tirer profit.
 
Car c’est un partageux sans borne.
On lui doit tout, il ne doit rien ;
Et si vous disposez d’un orne,
Il croit que vous volez son bien.
 
-- Mais c’est le faux ami que chante
Cet Héraclite des rimeurs.
Eh ! que sont les gens qu’il fréquente ?
Ne voit-il donc que des auteurs ?
 
Castor, David, Damon, Pylade
Ont trouvé des amis fameux ;
-- Oui, mais leur exemple est bien fade,
Et jamais l’on ne cite qu’eux.
 
-- Non, cette thèse est inhumaine.
Quoi ! l’ami n’existerait pas ?
-- Si, vraiment, d’après La Fontaine,
Il vit au Monomotapa.