Je ne t’enverrai pas de poème, mon ami.

jeudi 12 janvier 2017
par  Zevoulon
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Je ne t’enverrai pas de poème, mon ami.
Que te dirais-je
Sinon que la nuit est la même sur Port-au-Prince et Saint-Malo
Seule change la couleur de l’eau.
Que te dirais-je
Sinon que les garde-côtes américains ont encore repêché des Haïtiens
Au large de la Floride
Pas loin des requins.
Que te dirais-je sinon que nos vies sont tristes
Comme celle des vieux couples qui font chambre à part.
 
Quand je sors
Je vois des hommes qui marchent vers le dehors des choses,
Pourtant ils savent que ce n’est jamais le pain
Ni la paix
Qui les attendent au bout de la rue.
Quand je m’arrête,
Je vois cet homme à bout de course qui regarde la mort du dedans
Mais l’arbre est trop sec pour le poids d’un pendu
Ou trop triste
Ou trop vieux,
Et pourquoi l’homme demanderait-il à l’arbre de signer sa défaite ?
Tous les matins
Je vois cette femme sans jouissance ni espérance
Les bras ouverts
Tous les matins, elle blesse ses genoux sur les marches d’une église.
 
Je ne t’enverrai pas de poème, mon ami.
Comment dire la présence de la mort dans la vie ?
Longtemps j’avais gardé un morceau de lune dans ma poche
Pour sérénades et ritournelles
Et puis beaucoup de mort sont passés dans ma vie
Je ne sais lequel de mes morts a emporté mon bout de lune
J’ai donné en cadeau mon désir de poèmes
À ceux que j’ai aimés et qui ne sont plus.
Tout ce que je puis t’offrir
De l’autre côté de la mer
C’est un silence qui fait naufrage.

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