Psaume

mercredi 14 juin 2017
par  Zevoulon
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Ô, combien perméables sont les frontières humaines !
Voyez tous ces nuages qui passent, impunément,
ces sables du désert filant d’un pays à l’autre,
ces cailloux des montagnes pénétrant chez l’ennemi
en d’insolents sursauts !
 
Est-il besoin de prendre un à un les oiseaux
qui volent ou qui se posent sur la barrière baissée ?
Ne serait-il qu’un moineau, et voilà que déjà
sa queue est limitrophe, et son bec indigène.
Et puis, qu’est-ce qu’il gigote !
 
Parmi les innombrables insectes je m’en tiendrai à la fourmi
qui, entre le pied droit et le pied gauche du douanier,
ne se sent pas tenue d’avouer ses vadrouilles.
 
Oh, saisir d’un regard cette immense confusion,
sur tous les continents !
N’est-ce pas là le troène qui, de l’autre côté du fleuve
infiltre illégalement sa cent millième feuille ?
Et qui d’autre, pensez-vous, que la pieuvre aux longs bras
viole les sacro-saintes eaux territoriales ?
 
Comment peut-on parler de l’ordre dans tout cela,
s’il n’est même pas possible d’écarter les étoiles
pour que l’on sache enfin laquelle brille pour qui ?
 
Et que dire de l’insubordination du brouillard !
Et des poussières des steppes sur toute leur étendue,
comme si l’on n’avait pas tracé une ligne en son milieu !
Et ces voix qui résonnent sur les ondes serviables :
pépiements séducteurs et allusifs glouglous !
 
Seul ce qui est humain peut nous être étranger
Le reste c’est forêts mixtes, travail de sape et vent.

Traduit du polonais par Piotr Kaminsky
In, « Wistawa Szymborska : De la mort sans exagérer


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