Un Juif pour l’exemple (2009)

jeudi 20 décembre 2012
par  Zevoulon
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Premières phrases
Quand cette histoire commence, en avril 1942, dans une Europe jetée à feu et à sang par la guerre d’Adolf Hitler, Payerne est un gros bourg vaudois travaillé de sombres influences à l’extrémité de la plaine de la Broye, près de la frontière de Fribourg. La ville a été la capitale de la reine Berthe, veuve de Rodolphe II, roi de Bourgogne, qui l’a dotée d’une abbatiale dès le dixième siècle. Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu’elle a réduits à la misère, cinq cents chômeurs qui la hantent sur les cinq mille habitants de souche.
Le commerce du bétail et du tabac fait la richesse apparente de la ville. Et surtout la charcuterie. Le cochon sous toutes ses formes, lard, jambon, pied, jarret, saucisson, saucisse fumées, terrine, oreille, atriaux, l’emblème du porc couronne le bourg et lui donne son aspect débonnaire et satisfait. Dans l’ironie des campagnes, on appelle les Payernois les "cochons rouges". Cependant les courants opaques circulent et se cachent sous la certitude et le commerce. Teint rose et cramoisi, terres grasses, mais menaces dans la cloison.

Extrais
A Genève Fernand Ischi, ouvrier non qualifié au garage familial, réparateur épisodique de bicyclettes et de motos, crève-la-faim exilé de sa ville natale, a suivi le chef nazi Georges Oltramare dans ses meetings et en est revenu envoûté.(Par la suite, expatrié en France occupée entre 1941 et 1944, Georges Oltramare fut speaker et animateur à Radio-Paris contrôlée par les nazis. Il y tenait chronique sous le nom de Dieudonné.)

Final
Il arrive que le vieil écrivain qui a assisté à cette histoire quand il était jeune garçon, parfois se réveille en pleine nuit hantée et blessée. Et croit alors qu’il est l’enfant qu’il fut autrefois, et qui questionnait les siens. Il demandait où était l’homme qu’on avait assassiné et coupé en morceaux près de chez lui. Il demandait s’il reviendrait. Et quel accueil on lui ferait.
- Est-il vrai ce soir qu’il erre ?
- Tu veux parler d’Arthur Bloch, lui répondait-on très bas. Arthur Bloch, on en parle pas. Arthur Bloch, c’était avant. Histoire ancienne. histoire morte.
Mais une voix ne se tait pas dans le songe du vieil homme-enfant.
- Donc c’est avant ? Et c’est maintenant ?
Arthur Bloch, le Juif errant, parce qu’il n’a pas de repos sous la dalle du Gott weiss warum. A cette heure Arthur Bloch qui sait, du Dieu absolu qui sait, alors que nous n savons pas. Arthur Bloch du verrou noir sous la neige. Ou sous la cendre du temps. Par l’injure, le mépris, les chambres à gaz, la croix gammée, la désolation des collines d’Auschwitz et de Payerne, la honte nazie à Treblinka et dans les bourgs porcins de la Broye. Tout est plaie. Tout est Golgotah. Et la rédemption est si loin. Mais y-a-t-il une résurrection ? Pitié, Dieu, par la rose du ventre ouvert. Pitié par la couronne d’épines et les barbelés des camps. Aie pitié, Seigneur, de nos crimes. Seigneur, aie pitié de nous.


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