Courrier sud (1929)

mardi 14 janvier 2014
par  Zevoulon
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"Je ne suis plus qu’un ouvrier, j’établis le courrier d’Afrique." Et chaque jour, pour l’ouvrier, qui commence à bâtir le monde, le monde commence.
Folio - p.15

Il fallait quelque fois, la nuit même, dénouer deux bras, épuiser les forces d’une petite fille, non la raisonner, toutes se butent, mais l’user, et, vers trois heures du matin, la déposer doucement dans le sommeil, soumise, non à ce départ, mais à son chagrin, et se dire : voilà qu’elle accepte : elle pleure.
Folio - p.20

... J’ai retrouvé la source. C’est elle qu’il me fallait pour me reposer du voyage. Elle est présente. Les autres... Il est des femmes dont nous disions qu’elles sont, après l’amour, rejetées au loin dans les étoiles, qui ne sont rien qu’une construction du coeur. Geneviève... tu te souviens, nous la disions, elle, habitée. Je l’ai retrouvée comme on retrouve le sens des choses et je marche à son côté dans un monde dont je découvre enfin l’intérieur...
Folio - p.43

Elle savait qu’il mentait. Touché par quelque angoisse, incapable de souffrir seul, il faisait partager cette angoisse. La paix du monde, quand il souffrait, lui devenait insupportable.
Folio - p.50

A quoi bon ? La ville faisait autour de lui son remue-ménage inutile. Il savait bien que de cette confusion il ne pouvait plus rien sortir. Il remontait, avec lenteur, le peuple étranger des passants. Il pensait : "C’est comme si je n’étais pas là." Il devait repartir avant peu : c’était bien. Il savait que son travail l’entourerait de liens si matériels qu’il reprendrait une réalité. Il savait aussi que, dans la vie quotidienne, le moindre pas prend l’importance d’un fait et que le désastre moral y perd un peu de sens.
Folio - p.89

- Et... vous avez l’intention de me faire continuer ?
Le chef d’aéroplace brassait les feuilles d’un air bourru.
- Vous ferez ce qu’on vous dira.
Il savait déjà qu’il n’exigerait pas ce départ et le pilote savait de son côté qu’il demanderait à partir. Mais chacun voulait se prouver qu’il était seul juge.
Folio - p.109

Je dirai quel voyage tu accomplis. Comment tu soulèves les apparences, pourquoi les pas que tu fais à côté des nôtres ne sont pas les mêmes.
Folio - p.120

"Les jours allongent..."
Nous nous sentions repris par cette vie faite de saisons, de vacances, de mariages et de morts. Tout ce tumulte vain de la surface.
Folio - p.123


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