Le soleil des Scorta (2004)

mercredi 18 juin 2014
par  Zevoulon
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"Il s’en est fallu de peu que je meure heureux... Quelques secondes, à peine. Quelques secondes de trop... J’ai senti l’impact des pierres chaudes sur mon corps. Et c’était bien... C’est ainsi que j’avais pensé les choses. Le sang qui coule. La vie qui s’échappe. Mon sourire, jusqu’au bout, pour les narguer... Il s’en est fallu de peu mais je ne connaîtrai pas cette satisfaction-là. La vie m’a fait un dernier croche-pied... Je les entends rire tout autour de moi. Les hommes de Montepuccio rient. La terre qui boit mon sang rit. L’âne et les chiens rient aussi. Regardez Luciano Mascalzone qui croyait prendre Filomena et dépucela sa sœur. Regardez Luciano Mascalzone qui pensait mourir triomphant et gît là, dans la poussière, avec la grimace de la farce sur le visage... Le sort s’est joué de moi. Avec délices. Et le soleil rit de mon erreur... J’ai raté ma vie. J’ai raté ma mort... Je suis Luciano Mascalzone et je crache sur le sort qui se moque des hommes."
Actes Sud - page 27

Il mouru avant que le curé du village ait fini sa prière. Il aurait ri s’il avait su, avant de mourir, ce qui devait naître de cette journée.
Immacolata Biscotti tomba enceinte. La pauvre femme allait donner naissance à un fils. C’est ainsi que naquit la lignée des Mascalzone. D’une erreur. D’un malentendu. D’un père vaurien, assassiné deux heures après son étreinte, et d’une vieille fille qui s’ouvrait à un homme pour la première fois. C’est ainsi que naquit la famille des Mascalzone. d’un homme qui s’était trompé. Et d’une femme qui avait consenti à ce mensonge parce que le désir lui faisait claquer les genoux.
Une famille devait naître de ce jour de soleil brûlant parce que le destin avait envie de jouer avec les hommes, comme les chats le font parfois, du bout de la patte, avec des oiseaux blessés.
Actes Sud - page 29

Je vais vous dire pourquoi je parle à nouveau. C’est parce que j’ai commencé, hier, à perdre la tête. Ne riez pas. Pourquoi riez-vous ? Vous pensez qu’on ne peut pas être suffisamment lucide pour dire que l’on perd la tête tout en la perdant vraiment. Vous vous trompez. Sur son lit d’agonie, mon père à dit "je meurs" et il est mort.
Actes Sud - page 31

Une naissance était un événement trop grand pour cet être souffreteux que la vie avait habitué au calme plat des journées d’ennui. Son corps capitula dans les jours qui suivirent la délivrance.
Actes Sud - page 35

Il avait beaucoup maigri. Comme si la mort, avant de prendre les hommes, avait besoin de les alléger.
Actes Sud - page 48


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