Chapitre 17. Entre l’homme et la femme

La méditation juive
mardi 30 septembre 2025
par  Paul Jeanzé

Dans les chapitres précédents, j’ai expliqué comment les deux dernières lettres du Tétragramme, vav et heh, représentent les forces masculine et féminine de la providence. La force masculine est celle qui agit sur le monde, tandis que la force féminine est celle qui permet au monde d’être réceptif à la puissance de Hachem.

C’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous adressons à Hachem en utilisant le genre masculin lorsque nous prions. Bien sûr, même si nous désignons généralement Hachem par un nom masculin, dans sa véritable essence, Il est sans genre. Néanmoins, nous nous adressons à Lui en utilisant un nom masculin, car nous souhaitons qu’Il agisse sur le monde à travers la force masculine de la providence. Nous nous ouvrons alors à la providence de Hachem, tout comme une femme s’ouvre à son partenaire.

L’expression « le Saint, béni soit-Il » est au masculin et est donc considérée comme désignant la force masculine de la providence. Elle est également liée au vav du Tétragramme.

Le mot hébreu pour « présence divine », en revanche, est Shekhinah, qui est un nom féminin. La Shekhinah désigne le heh final du nom divin ainsi que la puissance féminine de la providence.

Il est important de noter que la Torah présente l’homme et la femme ensemble comme constituant l’image de Hachem. La Torah dit clairement : « Hachem créa l’homme à son image ; c’est à l’image de Hachem qu’il le créa. Mâle et femelle furent créés à la fois. » (Berechit, I, 27) Cela implique clairement que l’homme et la femme forment ensemble « l’image de Hachem ».

La raison en est évidente. L’homme et la femme ont le pouvoir d’accomplir l’acte le plus divin qui soit, à savoir créer la vie. Le pouvoir de concevoir un enfant est si divin que le Talmud affirme que lorsque l’homme et la femme créent un enfant, Hachem lui-même est le troisième partenaire.

Par conséquent, un mari et une femme devraient se considérer mutuellement comme le reflet du Divin. Lorsqu’une femme regarde son mari, elle devrait le voir comme le reflet du « Saint, béni soit-Il », l’aspect masculin du Divin. De même, lorsqu’un mari regarde sa femme, il devrait la voir comme la Présence Divine (Shekhinah), l’aspect féminin du Divin.

Lorsqu’une personne atteint cet objectif, elle apprécie pleinement la beauté de son épouse et la considère comme un reflet du Divin. Elle prend alors également conscience de sa beauté intérieure, qui est un reflet de la beauté de la Shekhinah. Lorsque l’on est capable de contempler cela, on est rempli d’un amour pour son conjoint qui est comparable à l’amour suprême entre les forces masculines et féminines du Divin.

La Torah raconte l’amour entre Jacob et Rachel, et le décrit comme l’un des plus grands amours que le monde ait jamais connus. Elle raconte comment Jacob était prêt à travailler comme serviteur pendant sept ans pour gagner la main de Rachel, et comment ces sept années « passèrent comme des jours, tant il l’aimait » (Berechit XXIX, 20). Les Juifs mystiques expliquent que Jacob se considérait comme l’aspect masculin du Divin et Rachel comme l’aspect féminin ; il éprouvait donc un amour qui était le pendant de l’amour céleste.

Lorsque l’on recherche un maître spirituel, la première chose à examiner est la relation qu’il entretient avec son épouse. La manière dont un homme traite sa femme permet de savoir comment il se comporte avec la Shekhinah. Peu importe la profondeur apparente de ses méditations ou la sagesse de ses paroles, si un maître n’a pas une bonne relation avec sa femme, il manque quelque chose à sa spiritualité. À l’inverse, lorsqu’un homme entretient de bonnes relations avec sa femme, même face à la tentation et à l’adversité, c’est un signe évident qu’il se trouve à un niveau spirituel élevé.

J’ai connu un membre de l’école de méditation Musar qui était marié à une femme atteinte d’une grave maladie mentale ; et alors qu’elle était remplie de colère et d’abus, il répondait par l’amour et le dévouement. Peu importe à quel point elle était méchante avec lui, il la considérait constamment comme son lien avec le Divin et lui accordait amour et respect en conséquence. J’aurais souhaité pouvoir dire que cet amour a guéri la femme, mais en réalité, ce ne fut le cas. Cependant, lorsqu’il est devenu veuf à un âge avancé, cet homme répétait sans cesse à quel point il appréciait et regrettait sa femme.

Il est également important de noter que la tradition juive, qu’elle soit mystique ou autre, n’encourage pas le célibat. Moïse, le plus grand de tous les mystiques et prophètes, était marié, tout comme l’étaient tous les prophètes et sages. Le sexe n’est pas considéré comme une faiblesse de la chair ou un mal nécessaire, mais comme un moyen de se rapprocher de Hachem à un niveau très intime.

Lorsque le mari et la femme se considèrent comme des personnifications de l’image divine, l’acte sexuel devient sacré. Il s’agit ni plus ni moins que de l’union des forces masculines et féminines de la création. Sur le plan physique, cela a le pouvoir de créer un enfant, et ces forces sont parallèles à celles qui, dans les cieux, ont donné naissance à toute la création.

Les forces masculines et féminines de la création sont représentées par le yod et le heh du Tétragramme. Cela est étroitement lié à un enseignement talmudique fascinant : le mot hébreu pour « homme » est iysh, tandis que le mot pour « femme » est ishah. Si l’on examine ces mots, on constate que le mot iysh contient un yod, tandis que ishah contient un heh. Le Talmud dit que ce sont le yod et le heh du Tétragramme.

Si l’on retire le yod et le heh de iysh et ishah, les lettres restantes des deux mots forment le mot esh, qui signifie « feu » en hébreu. Les feux de la passion qui unissent l’homme et la femme sont considérés comme les réceptacles des lettres du Nom Divin, et donc des éléments masculins et féminins de l’Essence Divine. La passion qui attire l’homme et la femme découle du fait que l’homme et la femme sont les contreparties des archétypes masculins et féminins dans les cieux.

Par conséquent, lorsque le mari et la femme sont intimes, l’homme peut se percevoir comme étant rempli de l’aspect masculin du Divin, établissant ainsi une connexion intime avec l’aspect féminin. De même, une femme peut se percevoir comme l’aspect féminin, recevant l’aspect masculin. Ils peuvent tous deux réaliser que, par leur union, ils créent une « image de Hachem ».

Pour y parvenir, il est essentiel d’éviter toute pensée parasite pendant l’acte sexuel. Les partenaires ne doivent penser à aucun membre du sexe opposé autre que leur partenaire sexuel du moment. Comme dans toute méditation impliquant une action, la concentration doit être totalement focalisée sur l’acte lui-même, toutes les pensées parasites étant doucement écartées.

Le Talmud et la Kabbale fournissent plusieurs directives visant à renforcer les aspects méditatifs de cet acte. Tout d’abord, l’expérience doit être principalement tactile, faisant appel au sens du toucher. Elle doit donc être pratiquée dans une pièce aussi sombre que possible. Chaque participant doit être exempt de toute distraction pouvant le détourner de l’expérience.

Il est également enseigné qu’aucun vêtement ne doit s’interposer entre les deux corps. La Torah parle de l’homme et de la femme comme devenant « une seule chair » (Berechit II, 24). Cela indique que la chair doit être en contact direct avec la chair, afin que l’expérience tactile soit optimale.

La Kabbale enseigne que l’acte sexuel doit commencer par des mots tendres, puis évoluer vers des baisers, des étreintes et des caresses, pour finalement aboutir à une intimité totale. C’est comme si le processus commençait par la tête et l’esprit, avec les mots et les baisers. Il descend ensuite vers les mains et le corps, avec les étreintes et les caresses. Enfin, il est attiré vers les organes reproducteurs, qui sont le siège du plus grand plaisir sexuel. L’énergie sexuelle peut être ressentie descendant le long de la colonne vertébrale et à travers le corps, jusqu’aux zones les plus sensibles.

Hachem a créé l’acte sexuel comme l’un des plus grands plaisirs que l’être humain puisse connaître. D’une part, cet acte devait être agréable afin d’attirer les êtres humains et ainsi assurer la perpétuation de l’espèce. À un niveau beaucoup plus profond, ce plaisir est si intense parce qu’il permet à l’homme et à la femme d’imiter ensemble le Divin.

Lorsqu’un homme et une femme éprouvent du plaisir l’un pour l’autre, ils peuvent considérer ce plaisir comme une expérience méditative. Cela aura pour effet immédiat de multiplier ce plaisir. S’ils voient ce plaisir comme un cadeau de Hachem, ils en tireront une grande joie et éprouveront en même temps un sentiment de gratitude. À un niveau plus profond, ils peuvent prendre conscience de l’étincelle divine dans le plaisir lui-même et l’élever jusqu’à sa source.

Si un couple a de telles intentions, l’acte sexuel peut alors être sacré. La Torah stipule qu’un homme marié ne doit pas « priver sa femme de ses droits conjugaux » (Chemot XXI, 10). Le Talmud interprète cela comme signifiant que l’un des commandements divins est que le mari et la femme aient des relations intimes à intervalles réguliers. Par conséquent, lorsqu’ils ont des relations intimes, le mari et la femme peuvent également méditer sur le fait qu’ils accomplissent l’un des commandements de Hachem. Le sexe n’est pas simplement un acte banal qui est élevé, mais un acte sacré en soi.

Pour faire du sexe un acte sacré, il est essentiel de respecter les règles de pureté familiale. Cela implique que la femme compte sept jours après la fin de ses règles, puis se plonge dans un mikvé (bain rituel). Les menstruations mensuelles sont considérées comme un processus de purification, et l’immersion dans le mikvé comme un processus de renaissance. (La philosophie du mikvé est abordée en détail dans mon livre Les eaux d’Eden.) À bien des égards, l’immersion dans le mikvé est plus importante pour faire de la sexualité un acte sacré que le mariage lui-même.

En général, l’utilisation de techniques de méditation pendant les moments d’intimité peut considérablement augmenter le plaisir. Une telle pratique permet aux deux partenaires de se concentrer exclusivement sur leur conjoint et contribue ainsi à renforcer les liens du mariage. Les couples qui utilisent régulièrement des techniques de méditation pendant leurs moments d’intimité ont constaté une amélioration significative de leurs sentiments l’un envers l’autre. Les couples qui connaissaient des difficultés conjugales ont découvert que lorsque leur vie sexuelle était sacralisée, leur amour grandissait et les autres problèmes semblaient devenir insignifiants.

Le type de méditation qu’un couple peut pratiquer lorsqu’il souhaite concevoir un enfant est quelque peu différent. En effet, si les deux partenaires accèdent à un certain niveau de conscience, les pensées qu’ils ont pendant l’intimité peuvent avoir un effet important sur l’enfant conçu.

La Torah enseigne que lorsque Jacob voulait que ses brebis mettent bas des petits tachetés, rayés ou zébrés, il coupait des bâtons avec les marques appropriées et les disposait là où les brebis s’accouplaient. (Berechit XXX, 37-38). On rapporte que Jacob méditait sur ces bâtons et que, lorsqu’il atteignait un niveau de conscience très élevé, il était capable de projeter ses pensées sur les brebis en gestation et d’influencer ainsi leurs marques. Une méditation profonde peut avoir un effet sur la structure génétique de la progéniture, ainsi que sur la constitution spirituelle de l’enfant.

Par conséquent, lorsqu’un couple souhaite concevoir un enfant, il doit déterminer les traits de caractère qu’il considère comme les plus souhaitables chez cet enfant. Il doit s’accorder sur ce qu’il considère comme le plus important et sur ce qu’il souhaite le plus pour son enfant. Ensuite, en utilisant les techniques de visualisation décrites au chapitre 8, les deux partenaires doivent visualiser l’enfant qu’ils souhaitent concevoir pendant les rapports sexuels. Si cela est fait avec une concentration totale, cela peut avoir une influence positive sur l’enfant conçu. Bien que cette technique ne soit pas infaillible, en particulier si les membres du couple ne sont pas des experts en méditation, l’expérience a montré qu’elle avait une influence significative. L’expérience a également montré que les couples qui ont des difficultés à concevoir réussissent souvent lorsqu’ils utilisent une telle technique d’imagerie mentale.

Pour de nombreuses personnes, le sexe est associé à la culpabilité et à la honte. Cependant, si nous comprenons que Hachem nous a donné le plaisir sexuel comme un cadeau, nous réaliserons que nous pouvons en profiter pleinement.

Bien entendu, le sexe est également un domaine où la tentation est grande. Une personne peut avoir commis des actes sexuels considérés comme des péchés, tels que l’adultère. Là encore, il faut comprendre que l’on peut se repentir de ses péchés ; comme le dit le Talmud, « rien ne peut résister au repentir ». Même si l’on a succombé à la tentation, on peut demander de tout son cœur le pardon de Hachem. Le fait qu’une personne ait péché ou commis une faute ne diminue ni ne détruit en rien sa capacité à faire l’expérience du Divin.
Le judaïsme considère l’acte sexuel comme quelque chose de très sacré. C’est un moyen par lequel une personne peut faire l’expérience d’une grande intimité avec Hachem. Le judaïsme entoure l’acte sexuel de nombreuses règles et interdits, non pas parce qu’il considère le sexe comme quelque chose de sale ou de honteux, mais parce qu’il le considère comme quelque chose de si sacré qu’il ne doit pas être utilisé à mauvais escient. Utilisé correctement, avec les bonnes intentions et les bonnes pensées, le sexe peut être l’expérience la plus pure et la plus sacrée au monde, et la méditation peut renforcer cet aspect de l’expérience.


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Une journée ordinaire

Aujourd’hui est une journée ordinaire... enfin je crois. Je profite donc de cette journée ordinaire pour mettre en ligne mon dernier roman, intitulé sobrement... une journée ordinaire.

Dans la mesure où j’aurai eu besoin d’un peu plus de quatre années pour voir ce petit livre achevé, ne devrais-je pas considérer cette journée comme extraordinaire ? Peut-être... peut-être pas. D’une certaine façon, n’est-il pas extraordinaire de pouvoir profiter d’une journée ordinaire ?

Cher lecteur, je vous souhaite une bonne journée... ordinaire.
Paul Jeanzé, le 19 décembre 2025


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