Chapitre 1 (La voie des Justes)
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Le fondement de la piété et la racine du service parfait [de l’Éternel] consistent pour l’homme à clarifier et à réaliser comme vérité ce qui est son devoir dans ce monde, et vers quoi il doit diriger son regard et son aspiration dans tout ce qu’il accomplit au cours de sa vie.
Voici ce que nos sages, de mémoire bénie, nous ont enseigné : l’homme a été créé uniquement pour se réjouir en l’Éternel et pour trouver du plaisir dans le rayonnement de la Shekhina (présence divine). Car c’est là la véritable joie et le plus grand plaisir qui puissent exister. Le lieu de ce plaisir se trouve, en vérité, dans l’Olam Haba (le Monde à venir), car il a été créé expressément à cette fin.
Mais le chemin pour parvenir à notre « havre de paix » (Ps. 107:30) est ce monde-ci. C’est ce qu’ont dit nos sages, de mémoire bénie : « Ce monde est comme un couloir avant le Monde à venir » (Avot 4:16).
Les moyens qui conduisent une personne à ce but sont les commandements que le Saint béni Soit-Il nous a prescrits. Le lieu de l’accomplissement de ces commandements se trouve uniquement dans ce monde. C’est pourquoi l’homme a d’abord été placé dans ce monde afin que, grâce aux moyens qui lui sont préparés ici, il puisse atteindre le lieu qui lui est réservé, à savoir le Monde à venir, pour y être comblé du bien qu’il aura acquis par ces moyens. C’est ce qu’ont dit nos sages de mémoire bénie : « aujourd’hui pour les accomplir, et demain pour en recevoir la récompense » (Eruvin 22:1).
Si vous examinez la question plus en profondeur, vous verrez que la véritable perfection réside uniquement dans l’attachement à l’Éternel. C’est ce que le roi David a dit : « Mais quant à moi, la proximité de l’Éternel est mon bien » (Ps. 73:28) et : « Une chose j’ai demandée à l’Éternel ; c’est ce que je recherche, c’est de demeurer dans la maison de l’Éternel tous les jours de ma vie, pour contempler la beauté de l’Éternel… » (Ps. 27:4). Car seul cela est le bien, tandis que tout ce que les gens considèrent comme bon en dehors de cela n’est en réalité que vide et une valeur trompeuse.
Pour qu’une personne atteigne ce bien, il convient qu’elle s’efforce d’abord avec ardeur de l’acquérir, c’est-à-dire qu’elle s’efforce de s’attacher au Roi béni par la force d’actions dont la conséquence est cette fin. Ces actions sont les commandements.
Le Saint, béni soit-Il, a placé l’homme dans un lieu où les facteurs qui l’éloignent du Roi béni sont nombreux. Ce sont les convoitises physiques qui, s’il s’y laisse entraîner, le détournent et l’éloignent toujours plus du vrai bien.
Ainsi, nous voyons que l’homme est véritablement placé au milieu d’un champ de bataille déchaîné. Car toutes les choses de ce monde, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, sont des épreuves pour l’homme. La pauvreté d’un côté contre la richesse de l’autre. C’est comme l’a dit Shlomo : « De peur que je ne sois rassasié et que je ne Te renie, et que je dise : Qui est l’Éternel ? Ou de peur que je ne sois pauvre et que je ne vole… » (Prov. 30:9). La tranquillité d’un côté contre la souffrance de l’autre, jusqu’à ce que la bataille se livre contre lui de front et par l’arrière.
S’il s’avère un homme vaillant, sortant victorieux de la bataille sur tous les fronts, il sera l’« Adam HaShalem » (l’homme entier/parfait) qui méritera de s’attacher à son Créateur et sortira de ce couloir pour entrer dans le palais afin de resplendir dans la Lumière de la Vie (éternelle).
Dans la mesure où il aura vaincu ses penchants et ses convoitises, où il se sera éloigné des facteurs qui l’éloignent du bien, et où il se sera efforcé de s’attacher à l’Éternel, c’est dans cette mesure qu’il l’atteindra et s’en réjouira.
Si vous examinez la question plus en profondeur, vous verrez que ce monde a été créé pour l’usage de l’homme. Mais, voyez, l’homme se tient sur une grande balance. Car s’il est attiré par le monde et s’éloigne de son Créateur, voyez, il se corrompt lui-même et corrompt le monde avec lui. Mais s’il se maîtrise et s’attache à son Créateur, et n’utilise le monde que comme une aide pour servir son Créateur – alors il s’élève lui-même et élève le monde avec lui. Car toutes les créatures s’élèvent grandement lorsqu’elles servent l’« Adam HaShalem » (l’homme entier/parfait) qui est sanctifié par la sainteté du Roi béni.
C’est comme ce qu’ont dit nos sages de mémoire bénie au sujet de la lumière que l’Éternel a mise de côté pour les justes (Chagiga 12a) : « Lorsque l’Éternel vit la lumière qu’Il avait mise de côté pour les justes, Il se réjouit, comme il est écrit : “La lumière des justes se réjouit” (Prov. 13:9) ».
Et concernant les « pierres de l’endroit » que Yaakov prit et plaça sous sa tête, le Midrash dit (Choulîn 91b) : « Rabbi Yitzchak dit : “Cela nous enseigne qu’elles se rassemblèrent en un seul endroit, chacune disant : que le juste pose sa tête sur moi” ».
Nos sages nous ont rappelé ce principe fondamental dans le Midrash Kohelet en disant : « Contemple l’œuvre de l’Éternel » (Eccl. 7, 13), « lorsque le Saint, béni soit-Il, créa Adam, Il le prit et le fit passer devant tous les arbres du jardin d’Éden et lui dit : “Vois comme mes œuvres sont belles et excellentes. Tout ce que j’ai créé, je l’ai créé pour toi. Prends garde de ne pas te corrompre et de ne pas détruire mon monde. »
Le principe général de cette question est le suivant : l’homme n’a pas été créé pour son état dans ce monde, mais plutôt pour son état dans le monde à venir. Son état dans ce monde n’est qu’un moyen d’atteindre son état dans le monde à venir, qui est son but ultime.
C’est pourquoi vous trouverez de nombreuses déclarations de nos sages, de mémoire bénie, toutes dans le même esprit, comparant ce monde à un lieu et un temps de préparation, tandis que l’autre monde est comparé à un lieu de repos où l’on mange ce qui a déjà été préparé. Par exemple, ils ont dit : « Ce monde est comme un couloir » (Avot 4:16), comme je l’ai écrit plus haut ; « Aujourd’hui pour leurs actions et demain [pour recevoir leur récompense]… » (Avodah Zara 3a) ; « Celui qui a travaillé dur le vendredi mangera le jour du Chabbat » (Kohelet Raba 1:15) ; « ce monde est comme le rivage et l’autre monde comme la mer », et bien d’autres déclarations allant dans le même sens.
En effet, on voit bien qu’aucune personne rationnelle ne peut croire que le but de la création de l’homme soit son existence dans ce monde. Car qu’est-ce que la vie de l’homme dans ce monde ? Qui est vraiment heureux et satisfait dans ce monde ? « Les jours de notre vie sont de 70 ans, et à la rigueur, de 80 ans, mais leur durée n’est que peine et trouble » (Ps. 90:10).
Combien de sortes de détresses et de maladies, de douleurs et de fardeaux, et après tout cela, la mort ! On ne trouve pas une personne sur mille à qui ce monde ait accordé une abondance de plaisirs et une véritable satisfaction. Et même une telle personne, si elle atteint l’âge de cent ans, est déjà [comme quelqu’un qui] est passé et a disparu de ce monde.
De plus, si le but de la création de l’homme était pour le bien de ce monde, il n’aurait pas été nécessaire de le doter d’une âme aussi noble et exaltée, plus grande même que les anges eux-mêmes.
D’autant plus que l’âme ne trouve aucune satisfaction dans tous les plaisirs de ce monde. C’est ce que nos sages nous enseignent dans le Midrash Kohelet : « “mais l’âme ne sera pas comblée” (Kohelet 6:7) – À quoi cela s’apparente-t-il ? Au cas d’un simple paysan qui aurait épousé la fille du roi. Même s’il lui apportait tout ce que le village possède, ce ne serait rien pour elle. Car elle est la fille du roi. Il en va de même pour l’âme : si vous lui apportiez tous les plaisirs de ce monde, ils ne seraient rien pour elle. Car elle vient de mondes supérieurs » (Kohelet Raba 6:7).
De même, nos sages de mémoire bénie nous ont enseigné : « Contre ta volonté tu as été formé, et contre ta volonté tu es né » (Avot 4:22). Car l’âme n’aime pas du tout ce monde. Au contraire, elle le méprise. Si tel est le cas, assurément, le Créateur, béni soit Son Nom, n’aurait jamais créé quelque chose dans un but contraire à sa nature et méprisé par elle !
Ainsi, la création de l’homme a été faite pour son état dans le monde à venir. C’est pourquoi cette âme a été placée en lui, car il convient à l’âme de servir l’Éternel ; et grâce à elle, l’homme sera récompensé en temps et en lieu. Alors ce monde ne sera pas quelque chose de méprisé par son âme, mais plutôt aimé et chéri par elle. Cela est évident.
Voici, après avoir pris conscience de tout cela, nous réaliserons immédiatement la grave obligation des commandements qui pèse sur nous et la préciosité du service divin qui repose entre nos mains. Car ce sont là les moyens qui nous mènent à la véritable perfection. Sans eux, cet état ne sera en aucune façon atteint.
On sait qu’un but n’est pas atteint sans la contribution combinée de tous les moyens trouvés et employés pour y parvenir. C’est selon la capacité des moyens et leur utilisation que se réalisera l’accomplissement du but, et tout léger écart constaté dans les moyens employés sera très perceptible dans le résultat final issu de leurs contributions combinées. Cela va de soi.
Il est donc évident que nous devons être méticuleux au plus haut point dans la manière d’observer les commandements et de servir l’Éternel, tout comme les marchands d’or et de pierres précieuses sont méticuleux pour les peser avec la plus grande précision en raison de leur valeur inestimable. Car les fruits des commandements sont la véritable perfection et la valeur éternelle pour laquelle il n’y a rien de plus précieux.
Pour résumer ce que nous avons appris, le but premier de l’existence de l’homme dans ce monde est uniquement d’accomplir les commandements, de servir [l’Éternel] et de résister aux épreuves.
Les plaisirs de ce monde ne doivent servir qu’à l’aider et à l’assister, afin qu’il jouisse de la tranquillité et de la paix de l’esprit pour libérer son cœur en vue de ce service qui lui incombe.
Il convient donc que toute l’inclination de l’homme soit uniquement tournée vers le Créateur béni et que toutes ses actions, grandes ou petites, n’aient d’autre but que de se rapprocher de l’Éternel, béni soit-Il, et d’abattre toutes les barrières qui le séparent de son Maître, à savoir toutes les questions matérielles et les choses qui en dépendent, jusqu’à ce qu’il soit attiré vers le Saint béni soit-Il comme le fer est attiré par un aimant.
Et tout ce qu’il considère comme un moyen de se rapprocher de l’Éternel, il le poursuivra, s’en emparera et ne le lâchera pas.
Et tout ce qu’il considère comme nuisible à cela, il doit le fuir comme on fuit le feu, à l’instar de ce qui est écrit : « Mon âme s’attache à Toi, Ta main droite me soutient » (Ps. 63, 9).
Car sa venue dans ce monde n’a d’autre but que celui-ci, à savoir atteindre cette proximité, en sauvant son âme de tout obstacle et de tout préjudice qui lui sont opposés.
Voici, après avoir connu ce principe général et clarifié sa véracité, nous devons en examiner les détails, selon ses étapes, du début à la fin, comme l’a organisé Rabbi Pinchas ben Yair dans son enseignement que nous avons présenté dans l’introduction. Ces étapes sont « la vigilance », « le zèle », « la pureté de l’âme », « la séparation », « la pureté », « la piété », « l’humilité », « la crainte du péché », « la sainteté ».
Nous allons maintenant les clarifier une à une, avec l’aide de l’Éternel.
