Chapitre 15 (La voie des Justes)

samedi 6 juin 2026
par  Paul Jeanzé

La meilleure façon d’acquérir la Séparation est pour un homme de réfléchir à la bassesse des plaisirs de ce monde, à leur vilenie intrinsèque et aux grands maux qui sont sur le point d’en résulter.

Car ce qui incline la nature humaine vers ces plaisirs au point qu’il faille une si grande force et tant de stratégies pour s’en séparer, c’est l’attrait des yeux, qui ont tendance à se laisser séduire par l’apparence superficielle des choses qui semblent bonnes et agréables. C’est cette séduction qui a provoqué le premier péché, comme en témoigne l’Écriture : « La femme vit que l’arbre était bon à manger, et qu’il était désirable aux yeux… et elle prit de son fruit, et en mangea » (Bereshit 3:6).

Mais lorsqu’il devient clair pour une personne que ce bien est complètement faux, imaginaire et éphémère, tandis que son mal est véritablement réel ou sur le point de se produire, elle en sera certainement rebutée et n’en désirera plus le moins du monde. C’est donc tout ce qu’une personne doit enseigner à son intellect : reconnaître la faiblesse (l’insignifiance) de ces plaisirs et leur fausseté, jusqu’à ce que, de lui-même, il en soit dégoûté et n’ait aucune difficulté à s’en débarrasser.

Le plaisir de [manger] la nourriture est le plus tangible et le plus ressenti. Pourtant, y a-t-il quelque chose de plus fugace et éphémère que cela ? Car sa durée n’est que le temps qu’il faut pour passer la gorge d’une personne. Une fois que la nourriture a franchi ce point et descend dans les intestins, tout souvenir d’elle disparaît et est oublié comme si elle n’avait jamais existé. Ainsi, elle sera tout aussi rassasiée si elle mangeait des cygnes engraissés que si elle avait mangé du pain grossier en quantité suffisante. À plus forte raison si elle considère les nombreuses maladies provoquées par l’alimentation, et à tout le moins, la lourdeur que l’on ressent après un repas et les vapeurs qui obscurcissent son intellect. En réfléchissant à toutes ces choses, une personne ne désirera certainement pas ce plaisir, puisque son bien n’est pas vraiment bon tandis que son mal est vraiment mauvais.

Il en va de même pour les autres plaisirs de ce monde. S’il y réfléchissait, il verrait que même le bien imaginaire qu’ils recèlent ne dure qu’un bref instant, tandis que le mal qui peut en découler est grave et prolongé, de sorte qu’aucune personne intelligente ne consentirait à s’exposer à ces dangers néfastes pour le peu de bien qu’ils procurent. Cela est évident.

Lorsque l’on s’habitue à cette vérité et que l’on y réfléchit continuellement, lentement, petit à petit, on se libère de cette prison de folie dans laquelle les ténèbres du monde physique nous ont enchaînés, et l’on ne se laisse plus du tout tromper par les attraits des faux plaisirs. Alors, on en vient à les trouver répugnants et on se rend compte qu’il ne faut rien prendre du monde d’autre que l’essentiel, comme je l’ai expliqué plus haut.

Mais tout comme la réflexion sur ce sujet amène à acquérir le trait de la Séparation, l’ignorer entraîne son contraire. Ainsi, fréquenter les aristocrates et les nantis qui courent après l’honneur et multiplient les vanités. Car lorsqu’on voit leur honneur et leur grandeur, il est impossible que la convoitise ne s’éveille pas en soi pour les désirer. Et même s’il ne laisse pas sa mauvaise inclination le vaincre, il n’échappera pas pour autant à un combat et sera ainsi en danger. C’est ce que dit Shlomo : « Mieux vaut aller dans une maison de deuil que dans une maison de festin » (Kohelet 7:2).

Plus importante que tout le reste est la solitude. Car lorsque l’homme éloigne les affaires de ce monde de ses yeux, il éloigne aussi de son cœur le désir qui s’y rapporte. Le roi David, que la paix soit sur lui, a loué la solitude en disant : « Oh, si j’avais des ailes comme une colombe ! Je m’envolerais et je trouverais le repos ; oui, je m’en irais loin ; je logerais dans le désert pour toujours » (Tehilim 55:7-8). Et nous constatons que les prophètes Élie et Élisée s’établissaient dans les montagnes en raison de leur pratique de la solitude. Et les premiers sages pieux, de mémoire bénie, ont suivi leurs traces. Car ils ont trouvé que la solitude était le meilleur chemin pour atteindre la perfection dans la Séparation, afin que les vanités de leurs voisins ne les conduisent pas à devenir eux aussi vaniteux comme eux.

Ce dont une personne doit se méfier lorsqu’elle cherche à atteindre la Séparation, c’est de ne pas vouloir passer d’un extrême à l’autre d’un seul coup. Car cela ne réussira certainement pas. Elle doit plutôt progresser graduellement au sein de la Séparation, petit à petit, en acquérant un peu aujourd’hui et en ajoutant un peu plus demain, jusqu’à ce qu’elle s’y habitue si complètement que cela devienne pour elle une seconde nature.


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Une journée ordinaire

Aujourd’hui est une journée ordinaire... enfin je crois. Je profite donc de cette journée ordinaire pour mettre en ligne mon dernier roman, intitulé sobrement... une journée ordinaire.

Dans la mesure où j’aurai eu besoin d’un peu plus de quatre années pour voir ce petit livre achevé, ne devrais-je pas considérer cette journée comme extraordinaire ? Peut-être... peut-être pas. D’une certaine façon, n’est-il pas extraordinaire de pouvoir profiter d’une journée ordinaire ?

Cher lecteur, je vous souhaite une bonne journée... ordinaire.
Paul Jeanzé, le 19 décembre 2025


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